21/09/2007

« Il faut se préparer à accueillir les nouveaux traitements »

Dans les DNA

Membre fondateur d'AREMANE,  le Dr François Sellal prend en charge les malades d'Alzheimer qu'il reçoit à l'hôpital Pasteur de Colmar, où il est chef du service de neurologie ainsi qu'aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

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 - Le réseau « consultation mémoire » est-il suffisamment étoffé dans la région ?
 - En Alsace, le réseau de professionnels est performant et les « consultations mémoire » d'une durée de 60 à 90 minutes auxquelles les patients ont accès sont nombreuses. Ces consultations ont lieu chez des neurologues privés ou en milieu hospitalier comme à Bischwiller, Saverne, Sélestat, Mulhouse et Cernay.
 Souvent c'est le médecin généraliste qui, en 10 minutes, peut faire un « test de débrouillage » pour les personnes inquiètes de leurs défaillances cérébrales. Il préconise ensuite ces consultations.
 Le CM2R apporte un plus avec l'expertise clinique. Le délai d'attente ce bilan neuropsychologique complet qui pose le diagnostic avec certitude peut aller jusqu'à 3 mois. Pour l'IRM, le délai est aussi assez long.
 - Quel est l'intérêt de poser un diagnostic précoce ?
 - Pendant longtemps on n'a eu que des traitements visant les symptômes. Mais d'ici un an, on pense avoir les résultats d'études annonçant enfin des traitements non pas curatifs mais suspensifs de la maladie d'Alzheimer.

« On pense que les lésions
s'installent en 10 à 15 ans »

 On a donc intérêt dès à présent à définir les bons critères de diagnostic de façon à être prêts pour l'arrivée de ces nouveaux traitements. On pense que les lésions mettent entre 10 et 15 ans à s'installer, et ce de façon sournoise. Attention, tous les trous de mémoire ne signalent pas l'arrivée de la maladie : 70 % des personnes âgées n'ont pas la maladie d'Alzheimer même si, par manque d'attention ou fatigue, ils ont parfois des oublis... On peut avoir 100 ans et une très bonne mémoire.
 - Quel est le patient le plus jeune que vous avez connu ?
 Il avait 27 ans... Une forme génétique exceptionnelle. Les cas chez les personnes de moins de 65 ans ne sont que de un pour 10 000.
 La maladie d'Alzheimer est très sociale, elle touche tout le monde, un peu plus les femmes que les hommes, avec des effets retardés certes chez les gens ayant plus de réserve cognitive (ayant une vie intellectuelle poussée, ndlr). Mais les effets des outils pour se prévenir de la maladie - exercices pour activer la mémoire, nutriments etc. - ne sont pas encore vraiment démontrés.

M. B-G

13/06/2007

ALZHEIMER: Le futur plan se trouvera au centre de réunions de travail cette semaine à l’Élysée et au ministère de la santé



«Pour l’instant, on a du mal à savoir qui va faire quoi. Espérons que cela va se caler après les législatives », confie un responsable médical, qui a déjà pris quelques contacts ministériels sur la mise en place du plan contre la maladie d’Alzheimer promis, durant la campagne, par Nicolas Sarkozy.

À l’Élysée, on se montre en tout cas très affirmatif. « Ce plan est une promesse de Nicolas Sarkozy, il sera mis en œuvre. Pour le président, c’est une exigence du cœur autant que de la raison », affirme le professeur Arnold Munnich, conseiller du chef de l’État pour la recherche biomédicale et la santé, et par ailleurs responsable de l’unité de génétique médicale de l’hôpital Necker, à Paris.

En principe, le plan Alzheimer est prévu au menu d’une réunion de travail aujourd’hui à l’Élysée entre Nicolas Sarkozy, ses collaborateurs et quelques scientifiques. Et demain, Roselyne Bachelot, la ministre de la santé, doit recevoir l’association France Alzheimer.

Il est trop tôt pour connaître le contenu de ce plan, mais Arnold Munnich évoque quelques pistes. «Le soutien à la recherche sera bien sûr une priorité. Il pourrait s’agir de créer de grandes plates-formes de recherche qui permettraient de fédérer l’action de tous les scientifiques. Il paraît opportun de faire un effort particulier sur l’imagerie, fondamentale pour le diagnostic », explique le professeur Munnich, qui plaide aussi pour la mise en place de banques de tissus, provenant des malades.

Objectif : retarder la maladie de cinq ans

« C’est important pour comprendre les mécanismes de la maladie. Aujourd’hui, le vrai challenge sur l’Alzheimer n’est pas tant de guérir la maladie, objectif sans doute encore lointain, mais de différer son début chez le patient. Si, demain, on trouve un moyen de retarder la maladie de cinq ans, on diminuera de moitié le nombre de malades. C’est considérable. »

Le professeur Munnich insiste aussi sur le fait que ce plan sera conduit dans un « respect scrupuleux » des règles de bioéthique. « C’est pour nous une exigence absolue », affirme le conseiller de Nicolas Sarkozy, en ajoutant que ce plan ne sera pas uniquement scientifique et médical mais accordera «une très large place» au soutien aux malades et à leurs familles.

En attendant, dans les coulisses, Roselyne Bachelot et Xavier Bertrand s’activent pour se placer chacun comme le ministre qui conduira le plan Alzheimer. En tant que ministre de la santé, Roselyne Bachelot estime qu’elle est la mieux placée.

Mais Xavier Bertrand, en charge des relations sociales et de la solidarité, tient à avoir son mot à dire, notamment parce que c’est à lui que devrait revenir la tutelle du secrétariat d’État aux personnes âgées, attendu après les législatives.

Enfin, un certain flou règne sur le rôle que pourrait jouer Philippe Douste-Blazy, l’ancien ministre de la santé, puis des affaires étrangères, qui a désormais un bureau à l’Élysée. Selon certains, il pourrait être le « monsieur plan Alzheimer » mais il semble que cette question n’ait pas encore été tranchée.