08/11/2007

Le "plan" contre la maladie d'Alzheimer laisse en suspens la question du financement

LU DANS LEMONDE.FR


e plan national de lutte contre la maladie d'Alzheimer, qui doit être remis jeudi 8 novembre à Nicolas Sarkozy, propose dix objectifs, 28 recommandations et 48 mesures, tant pour une prise en charge digne des malades que pour accélérer la recherche, selon Le Figaro et Les Echos.

La commission du Pr Joël Ménard doit remettre, à 17 h 30, ses propositions sur le "plan" contre Alzheimer à Nicolas Sarkozy, qui va lancer une concertation avec les professionnels sur la base de ces propositions. L'accent est d'abord mis sur la recherche, aujourd'hui "dispersée" et "gravement insuffisante", qui devra bénéficier "d'un effort sans précédent" piloté par une fondation de coopération scientifique, rapporte Les Echos. Partenaires institutionnels (Inserm...) et privés travailleraient ensemble au sein de cette fondation dans le cadre d'un réseau national d'excellence.

Selon Le Figaro, la commission évalue à une cinquantaine de millions les besoins supplémentaires en recherche, soit un euro par Français. Côté soins, la commission retient l'idée d'un "forfait annuel" versé au médecin traitant – qui doit assurer le suivi des malades car lui "seul connaît la personne dans son environnement" – incluant "formation continue", "participation aux actions de coordination" avec d'autres professionnels de santé...

QUELQUE 600 000 PERSONNES AFFECTÉES EN FRANCE

Mais la commission reste muette sur les modes de financement de ces dispositions, évoquant simplement la "nécessité d'un choix clair de financement public et de politique publique". Un autre grand axe concerne l'amélioration de la prise en charge, à commencer par la mise en place d'un "dispositif d'annonce" de la maladie, à l'instar de ce qui est fait pour le cancer, selon Les Echos, qui précise que les "consultations mémoires" devront être "renforcées et généralisées sur tout le territoire".

Selon Le Figaro, la commission s'est aussi penchée sur l'accompagnement du parcours de soins du patient (et de sa famille), à qui il faut laisser le libre choix entre rester à la maison avec tous les aménagements indispensables ou opter pour un établissement spécialisé. Ce troisième plan en six ans, après ceux de Bernard Kouchner en 2001 et de Philippe Douste-Blazy en 2004, vise à contrer cette affection neurodégénérative qui touche environ 600 000 personnes en France (860 000 si l'on compte les syndromes apparentés).

PLANALZHEIMER.GOUV.FR OUVERT LE 12 NOVEMBRE

Un site internet (planalzheimer.gouv.fr) sera ouvert à compter du lundi 12 novembre pour recueillir les "avis" du public, précise le texte. Cette concertation sera organisée par les ministres du travail, Xavier Bertrand, de l'enseignement supérieur et de la recherche Valérie Pécresse, de la santé, Roselyne Bachelot et de Valérie Letard, secrétaire d'Etat chargée de la solidarité.

"Le président de la République annoncera les principales orientations du plan Alzheimer avant la fin de l'année. Sa mise en oeuvre débutera le 1er janvier 2008", rappelle un communiqué de l'Elysée. Principale cause de dépendance des personnes âgées en France, la maladie d'Alzheimer touche 225 000 personnes nouvelles par an. Le nombre de malades pourrait passer à 1,3 million en 2020 et 2,1 millions en 2040, selon un rapport publié en 2005 par l'Office parlementaire d'évaluation des politiques de santé (Opeps).

Le plan, qui doit être mis en oeuvre le 1er janvier 2008, a été préparé depuis deux mois par huit groupes d'experts chargés de faire des propositions concernant la recherche, le diagnostic, la continuité de la prise en charge des malades, l'accompagnement des familles et le financement. Les grandes orientations en ont déjà été dévoilées par le président Sarkozy le 21 septembre, à l'occasion de la journée mondiale de la maladie d'Alzheimer.


 

01/11/2007

Le CNRS sur ses gardes

RECHERCHE PUBLIQUE



 Les syndicats de chercheurs* ont de nouveau exprimé leurs craintes de voir leur établissement public de recherche démantelé dans les prochains mois. L’adoption du plan stratégique a été reportée au printemps prochain. D’ici là, le gouvernement, via la ministre Valérie Pécresse, doit préciser ses intentions et une commission dirigée par l’ancien ministre délégué à la recherche François d’Aubert doit rendre ses conclusions sur l’avenir des relations entre le CNRS et les universités

Le CNRS abrite 80 laboratoires propres et un millier d’unités mixtes de recherches (UMR) qui sont sous la cotutelle du CNRS et des universités. Déjà privé de l’évaluation des chercheurs qui travaillent dans les UMR, qui est désormais du ressort de l’Agence d’évaluation de la recherche (AERES), le CNRS craint que les UMR passent sous la seule tutelle des universités. Ce serait la fin d’une programmation globale et pluridisciplinaire de la recherche française au profit d’un pilotage à court terme, dénoncent l’ensemble des organisations syndicales.

Au-delà des craintes de démantèlement du CNRS, les chercheurs français ont peur de perdre une liberté indispensable à leurs travaux au profit d’un strict encadrement de la recherche à des fins jugées «utilitaristes». Pendant sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy n’avait pas fait mystère de ses intentions. Il s’était exprimé en faveur de la transformation des grands organismes de recherche en agences de moyens, les universités devenant les «principaux opérateurs de la recherche». Cette évolution a déjà commencé avec la création de l’Agence nationale de la recherche (ANR), qui finance des projets à court terme (
lire).

Citant l’exemple des travaux du physicien français Albert Fert, récompensé par le prix Nobel 2007 de physique, les chercheurs expliquent qu’il est souvent difficile de savoir quelles recherches fondamentales feront les applications phares de demain. Le lauréat lui-même déclarait dans le quotidien Libération le jour de la remise de son prix : «J’ai envie de dire à notre ministre, Valérie Pécresse, d’éviter une approche idéologique, qu’il faut absolument garder la capacité de coordination, d’élaboration d’une stratégie nationale du CNRS, capacité dont l’Agence nationale de la recherche n’est pas dotée.»

C.D.
Sciences et Avenir.com


 

Nouvelle première mondiale de thérapie génique en France

LU DANS LE FIGARO: Respectivement six mois et un an après le traitement, deux enfants atteints d'adrénoleucodystrophie se portent bien. Cette maladie génétique provoque la destruction de la myéline du cerveau et de la moelle épinière.

DEUX enfants atteints d'une maladie génétique orpheline, l'adrénoleucodystrophie (ALD), ont pour la première fois pu être traités par thérapie génique, a annoncé hier le Pr Patrick Aubourg, spécialiste mondial de la maladie, lors du congrès de la Société européenne de thérapie génique et cellulaire à Rotterdam.
Le protocole utilisé est inspiré de celui qui avait permis la première guérison en 2000 d'une maladie génétique par thérapie génique, effectuée à l'hôpital Necker de Paris sous la houlette du Pr Alain Fischer, de l'Inserm. Là aussi, les cellules souches du sang des deux enfants ont reçu in vitro le gène médicament qui leur faisait défaut, puis ont été réintroduites pour reconstituer l'ensemble des cellules sanguines des jeunes patients.
«  Respectivement six et douze mois après, les enfants se portent bien et nous n'observons aucun effet secondaire, a précisé le Pr Aubourg, directeur de recherche de l'unité Inserm 745 à l'université Paris-V. Toutes les cellules du sang de nos deux patients expriment bien le gène que nous avons introduit. Un tel résultat, bien que préliminaire, est déjà très encourageant. »
Cette percée contre l'ALD, une maladie le plus souvent mortelle chez les jeunes garçons atteints, est le fruit à la fois d'un parcours exceptionnel de recherche et d'une collaboration exemplaire entre de multiples partenaires.
En 1990, le Pr Aubourg montre que cette maladie démyélinisante, dépourvue alors de tout traitement, peut parfois, si elle est dépistée assez tôt, être traitée par une greffe de moelle osseuse. En 1993, il identifie avec le Pr Jean-Louis Mandel la mutation responsable de la maladie, située dans le gène d'un transporteur d'acide gras. En 2003, profitant de l'expertise de Patrick Charneau, à l'Institut Pasteur, son équipe teste chez la souris un vecteur dérivé du virus du sida destiné à transférer dans les cellules souches de la moelle osseuse le gène normal : c'est un succès, les animaux expriment bien la protéine codée par ce gène dans leur cerveau.
Le risque de leucémie réduit
Ce premier essai, également piloté par le Dr Nathalie Cartier-Lacave, ouvre alors la voie à une application chez l'homme. Celle-ci est menée grâce au renfort des Prs Marina Cavazzana et Alain Fischer, qui apportent leur expérience de l'utilisation des cellules souches hématopoïétiques et de leur greffe, acquise depuis 2000.
Le risque de leucémie lié à l'insertion du vecteur viral dans le génome a été fortement réduit par rapport à ces premiers essais : « Nous utilisons pour la première fois au monde un vecteur dérivé du VIH pour la thérapie génique chez l'homme, explique le Pr Aubourg. Même s'il faut rester très prudent, cette séquence virale présente moins de risques que celle utilisée auparavant. De plus, le gène apporté ici n'intervient pas dans la prolifération cellulaire et ne peut donc la favoriser artificiellement. »
Un autre risque, celui du rejet, paraît minimisé puisqu'il s'agit d'une autogreffe ; mais, précise le chercheur, « nous attendrons encore quelques mois comme pour une greffe classique pour être sûrs qu'elle a bien pris ».
De tels travaux n'auraient pas été possibles sans le constant soutien financier apporté non seulement par l'Inserm mais aussi, dès 1993, par l'Association européenne contre les leucodystrophies (ELA) des parents de malades et ses nombreux sponsors, ainsi que par l'AFM (Association française contre les myopathies) soutenue par le Téléthon.
« Pour la première fois, s'enthousiasme Guy Alba, le président fondateur d'ELA (*), nous avons enfin un espoir majeur de guérir l'ALD et probablement d'autres maladies génétiques. Trois autres enfants sont maintenant en attente, mais il nous faut trouver les 700 000 euros pour acheter le coûteux vecteur génique produit pour une utilisation chez l'homme. Ces deux premiers cas seront, nous l'espérons tous, les premiers d'une longue série. »
Cette avancée, si elle se confirme, pourrait être majeure non seulement dans le traitement des ALD mais aussi de nombreuses maladies génétiques. Elle validerait d'abord le nouveau vecteur pour tenter de traiter des maladies génétiques du sang, beaucoup plus répandues, telles que par exemple les thalassémies. Ensuite, elle montre pour la première fois qu'une maladie génétique affectant le système nerveux central peut être soignée par ce biais. « Certaines cellules du sang portant le gène médicament, indique en effet Patrick Aubourg, ont la capacité naturelle de migrer dans le cerveau et de s'y différencier en macrophages, des cellules du système immunitaire. Cette colonisation permet de corriger une maladie portant ailleurs que sur le sang. »

Le génome du chat a été séquencé

Il s'agit du septième mammifère, y compris l'homme, dont tous les gènes sont identifiés.

(c) AFP

Des chercheurs américains ont séquencé l'ADN d'un chat, une avancée qui pourrait permettre de soigner des maladies félines et humaines. Il s'agit du septième mammifère, y compris l'homme, dont tous les gènes ont été identifiés.
Une vingtaine d'animaux, parmi lesquels des chiens, chimpanzés, rats, souris et vaches ont déjà vu leur ADN décodé. Mais le séquençage du code génétique des chats pourrait avoir de plus grandes implications pour le traitement de maladies humaines, explique le Dr Stephen O'Brien, de l'Institut américain du cancer, dont les travaux sont publiés de l'édition de novembre du journal "Genome Research".
Ces travaux ont été conduits sur l'ADN d'un chat abyssin de quatre ans appelé Cinnamon (cannelle) dont la lignée remonte à plusieurs générations en Suède.
Cinnamon est un des mammifères objet actuellement d'une analyse comparative avec d'autres recherches génétiques déjà conduites sur des chats ainsi qu'avec le séquençage de génomes d'autres mammifères.

20.285 gènes

Les généticiens du Cold Spring Harbor Laboratory (New York, est) ont pu identifier 20.285 gènes formant le génome du chat. Pour ce faire ils ont analysé les similarités entre le génome du félin et ceux de six mammifères déjà séquencés.
Les chats peuvent en effet souffrir de plus de 200 maladies proches de pathologies humaines, telles qu'une version féline du Sida, le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) ou encore le diabète, selon le Dr O'Brien. La connaissance de l'ADN du chat pourrait donc permettre le développement de nouveaux vaccins et traitements.
Cette étude décode environ les deux tiers de l'ADN de Cinnamon, un chat du Missouri étudié à l'université de l'Etat à Columbia. Des résultats plus complets sont attendus dans le courant de l'année prochaine.

10/10/2006

Recherche: vous avez dit "pôles d'excellence"?

LU DANS LE MONDE Le gouvernement vient de rendre publique la liste des réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA), créés dans le cadre de la loi sur la recherche votée au printemps 2006. Ces réseaux, fédérant localement plusieurs établissements de recherche ou d'enseignement supérieur, publics ou privés, français ou européens, en association parfois avec des entreprises ou des collectivités territoriales, permettront de "mettre en évidence et mieux organiser les pôles majeurs de la recherche dans notre pays", espère François Goulard, ministre délégué à la recherche. L'objectif est notamment "d'accroître leur visibilité internationale".

 

Treize projets ont été retenus, sur les 37 examinés par un comité d'évaluation présidé par Jean Dercourt, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.

Une fois de plus, la région parisienne se taille la part du lion, la sélection consacrant l'inégale distribution de la matière grise et de l'effort public sur le territoire national. L'Ile-de-France est élue six fois, en mathématiques, informatique, biologie, neurosciences et économie à Paris, ainsi qu'en physique à Saclay (Essonne).

Deux autres pôles régionaux se détachent : Rhône-Alpes avec l'infectiologie à Lyon et les nanosciences à Grenoble, et Toulouse, au titre de l'aéronautique et des sciences économiques. Enfin, la candidature de Strasbourg a été retenue en chimie, et celle de Montpellier en agronomie.

Le treizième et dernier réseau est d'une nature particulière, puisqu'il vise à coordonner les activités de quatre Instituts d'études avancées en sciences humaines et sociales, installés à Lyon, Aix-Marseille, Nantes et Paris. Au total, près de 6 000 chercheurs et enseignants-chercheurs de 40 institutions scientifiques et universitaires sont mobilisés.

Créés sous forme de fondations de coopération scientifique - un statut juridique qui leur donne la souplesse de recrutement et de fonctionnement de structures privées sans les priver de fonds publics -, les RTRA se partageront une enveloppe de 200 millions d'euros budgétée par l'Etat.

Les syndicats de chercheurs et le mouvement Sauvons la recherche critiquent la logique de concentration des moyens qui accompagne la mise en place de ces réseaux, leur préférant une logique de maillage du territoire.

Ce sera l'objet des futurs pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES).

Pierre Le Hir (Le Monde)