22/01/2007
Dans LE MONDE: Que vaut la recherche française?
EDITORIAL DU MONDE DATE DE DEMAIN: "Que vaut la recherche française ? Un sulfureux rapport des inspections générales des finances, de l'éducation nationale et de la recherche vient de poser, plutôt de reposer, la question au grand jour. Vieux débat, vieille querelle.
Ce document, perçu comme un affront par la communauté scientifique, accable sans nuance la recherche publique de notre pays, épinglée pour ses piètres performances économiques. " La valorisation de la recherche ne progresse pas en France depuis quinze ans ", accuse-t-il, en donnant à penser que l'argent des contribuables est bien mal employé par les chercheurs.
Certes, la transformation des découvertes de la recherche académique en résultats exploitables par l'industrie - le passage de la recherche fondamentale à la recherche appliquée - constitue, de longue date, le talon d'Achille du système français. Mais la faute en revient-elle aux seuls organismes publics, tels que le CNRS, le plus en vue et donc aussi le plus critiqué ? N'incombe-t-elle pas, aussi et d'abord, aux entreprises françaises, plus frileuses que beaucoup de leurs concurrentes dès lors qu'il s'agit de financer de leurs deniers les activités de recherche et développement ?
En 2003, leurs investissements dans ce domaine ne représentaient que 1,11 % du PIB, contre 1,67 % pour leurs homologues allemandes. En 2004, les mêmes entreprises finançaient 53,6 % des dépenses nationales de recherche et développement, quand ce ratio atteignait 63,8 % aux Etats-Unis et 74,5 % au Japon.
Jacques Chirac, qui inaugurait voilà quelques semaines le synchrotron national Soleil, a lui-même souligné ce déficit : " L'Union européenne s'est fixé l'objectif ambitieux de consacrer 3 % de son PIB à la recherche. Si notre recherche publique a bien dépassé le seuil du 1 %, la recherche d'initiative privée ne représente pas encore les 2 % nécessaires à la réalisation de l'objectif. "
Est-il bien pertinent, de surcroît, de juger de la qualité de la science à la seule aune des brevets technologiques et des essaimages industriels, quand il s'agit d'abord de création de savoir ? Les physiciens et chimistes français - dont quatre, Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak, Claude Cohen-Tannoudji et Yves Chauvin, ont décroché le Nobel au cours des quinze dernières années -, les mathématiciens - qui collectionnent les médailles Fields, la plus haute distinction dans cette discipline -, les sociologues ou les anthropologues - mondialement reconnus -, pour ne citer qu'eux, ne contribuent pas, il est vrai, à la création de richesse directement valorisable.
Il est donc inéquitable de jeter la pierre à la recherche publique sans élargir la critique à l'action - insuffisante - de l'Etat et des entreprises. Mais ce constat ne doit pas exonérer chercheurs et labos d'une sérieuse évaluation de leur production. "
15:53 Publié dans Dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : recgerchhe, politique

