08/11/2007

Le "plan" contre la maladie d'Alzheimer laisse en suspens la question du financement

LU DANS LEMONDE.FR


e plan national de lutte contre la maladie d'Alzheimer, qui doit être remis jeudi 8 novembre à Nicolas Sarkozy, propose dix objectifs, 28 recommandations et 48 mesures, tant pour une prise en charge digne des malades que pour accélérer la recherche, selon Le Figaro et Les Echos.

La commission du Pr Joël Ménard doit remettre, à 17 h 30, ses propositions sur le "plan" contre Alzheimer à Nicolas Sarkozy, qui va lancer une concertation avec les professionnels sur la base de ces propositions. L'accent est d'abord mis sur la recherche, aujourd'hui "dispersée" et "gravement insuffisante", qui devra bénéficier "d'un effort sans précédent" piloté par une fondation de coopération scientifique, rapporte Les Echos. Partenaires institutionnels (Inserm...) et privés travailleraient ensemble au sein de cette fondation dans le cadre d'un réseau national d'excellence.

Selon Le Figaro, la commission évalue à une cinquantaine de millions les besoins supplémentaires en recherche, soit un euro par Français. Côté soins, la commission retient l'idée d'un "forfait annuel" versé au médecin traitant – qui doit assurer le suivi des malades car lui "seul connaît la personne dans son environnement" – incluant "formation continue", "participation aux actions de coordination" avec d'autres professionnels de santé...

QUELQUE 600 000 PERSONNES AFFECTÉES EN FRANCE

Mais la commission reste muette sur les modes de financement de ces dispositions, évoquant simplement la "nécessité d'un choix clair de financement public et de politique publique". Un autre grand axe concerne l'amélioration de la prise en charge, à commencer par la mise en place d'un "dispositif d'annonce" de la maladie, à l'instar de ce qui est fait pour le cancer, selon Les Echos, qui précise que les "consultations mémoires" devront être "renforcées et généralisées sur tout le territoire".

Selon Le Figaro, la commission s'est aussi penchée sur l'accompagnement du parcours de soins du patient (et de sa famille), à qui il faut laisser le libre choix entre rester à la maison avec tous les aménagements indispensables ou opter pour un établissement spécialisé. Ce troisième plan en six ans, après ceux de Bernard Kouchner en 2001 et de Philippe Douste-Blazy en 2004, vise à contrer cette affection neurodégénérative qui touche environ 600 000 personnes en France (860 000 si l'on compte les syndromes apparentés).

PLANALZHEIMER.GOUV.FR OUVERT LE 12 NOVEMBRE

Un site internet (planalzheimer.gouv.fr) sera ouvert à compter du lundi 12 novembre pour recueillir les "avis" du public, précise le texte. Cette concertation sera organisée par les ministres du travail, Xavier Bertrand, de l'enseignement supérieur et de la recherche Valérie Pécresse, de la santé, Roselyne Bachelot et de Valérie Letard, secrétaire d'Etat chargée de la solidarité.

"Le président de la République annoncera les principales orientations du plan Alzheimer avant la fin de l'année. Sa mise en oeuvre débutera le 1er janvier 2008", rappelle un communiqué de l'Elysée. Principale cause de dépendance des personnes âgées en France, la maladie d'Alzheimer touche 225 000 personnes nouvelles par an. Le nombre de malades pourrait passer à 1,3 million en 2020 et 2,1 millions en 2040, selon un rapport publié en 2005 par l'Office parlementaire d'évaluation des politiques de santé (Opeps).

Le plan, qui doit être mis en oeuvre le 1er janvier 2008, a été préparé depuis deux mois par huit groupes d'experts chargés de faire des propositions concernant la recherche, le diagnostic, la continuité de la prise en charge des malades, l'accompagnement des familles et le financement. Les grandes orientations en ont déjà été dévoilées par le président Sarkozy le 21 septembre, à l'occasion de la journée mondiale de la maladie d'Alzheimer.


 

ALZHEIMER: Le projet de plan présenté aujourd'hui

Le rapport du Pr Ménard propose des actions tant pour une prise en charge digne des malades que pour accélérer la recherche.

C'EST aujourd'hui que la commission chargée de l'élaboration de propositions pour un plan concernant la maladie d'Alzheimer, présidée par le Pr Joël Ménard, remet son rapport au président de la République. Un document très attendu et très précis, tout en nuances aussi, que Le Figaro a pu se procurer. Avec comme nécessité citée en préambule : « Un choix clair de financement public et de politique publique. »
Il y a aujourd'hui 800 000 personnes atteintes en France et ce nombre ne va que croître avec le vieillissement de la population. Nicolas Sarkozy a d'emblée fait de la prise en charge de cette maladie une priorité politique. Le président va lancer une concertation avec les professionnels sur la base de ces propositions avant d'annoncer les principales orientations du plan Alzheimer.
En ouverture, Le rapport insiste sur la nécessité absolue de considérer la personne malade comme sujet, de reconnaître ses droits, sa citoyenneté. « Aucune personne ne peut être considérée comme un objet passif de soins. » Dans le même ordre d'idées, il pose très clairement le difficile problème du bien-fondé de l'annonce précoce de la maladie, en l'état actuel des traitements « au mieux hésitants, au pire insuffisants ». Une pierre dans le jardin des tenants du diagnostic précoce et de son corollaire, celui de la mise sous médicaments, qui n'ont guère fait les preuves de leur efficacité jusqu'ici.
Deuxième orientation : fournir un effort sans précédent sur la recherche. Mais avec des financements ...à trouver!

01/11/2007

De l’infection virale au cancer

MICROBIOLOGIE

 Quels mécanismes?

Certains virus sont connus comme étant des causes directes de cancers, comme le papillomavirus (HPV) pour le cancer du col de l’utérus ou le virus Epstein-Barr (EBV) pour la maladie de Hodgkin. Des chercheurs proposent une nouvelle piste pour expliquer comment ces virus déclenchent le processus cancéreux. Selon Preet Chaudhary (University of Pittsburgh, USA) et ses collègues, ces infections virales élimineraient les cellules normales au profit de cellules défectueuses qui favorisent le développement des cancers.

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer le rôle des virus oncogènes. Ils auraient la capacité de modifier le matériel génétique d’une cellule, de rendre sa croissance incontrôlable, créant ainsi un terrain favorable à l’émergence de cellules cancéreuses. Autre mécanisme possible : l’inflammation chronique liée à l’infection virale nécessite une multitude de réparations du tissu abîmé ; or au cours de ces réparations cellulaires un plus grand nombre d’erreurs génétiques s’accumulent, augmentant le risque de prolifération anormale des cellules.

Chaudhary et ses collègues ajoutent une nouvelle hypothèse, celle d’une ‘’pression de sélection’’ exercée par les virus sur les cellules. Ces chercheurs ont travaillé à partir de cellules de sarcome de Kaposi, maladie cancéreuse liée à une infection par un herpès virus (HHV-8). Ils ont examiné le niveau d’expression d’un gène, le K13, qui est impliqué dans le développement du cancer. Les chercheurs ont constaté que les cellules qui exprimaient le moins le K13 –et qui étaient donc les moins susceptibles de devenir cancéreuses- laissaient davantage le virus se répliquer à leurs dépends. A l’inverse, les cellules qui résistaient le mieux à la réplication du virus étaient celles qui avaient un niveau d’expression élevé du gène K13.

Le virus conduirait donc à une sorte de sélection naturelle des cellules dont les défauts favorisent la prolifération, terreau des tumeurs cancéreuses, avancent les chercheurs. Ces travaux ont été publiés le 24 octobre dans la revue PLoS ONE.

Cécile Dumas
Sciences et Avenir.com

La santé et les Villes: Lyon, palme d'or

L'hebdomadaire médical « Impact médecine » publie pour la deuxième fois son palmarès des trente-six villes qui offrent la meilleure qualité de soins.

LYON décroche cette année la palme d'or au classement santé des trente-six grandes villes de France, publié jeudi par l'hebdomadaire Impact médecine *. Paris arrive en deuxième place. La capitale remporte également le prix de la santé de l'enfant. Besançon est en troisième place suivie de Grenoble et Nancy ex aequo puis de Bordeaux (la première l'an dernier). Rennes en neuvième place est couronnée du prix des initiatives santé pour ses actions sur les conduites à risque lors des événements festifs ou encore pour la création d'un centre médical pour la prise en charge des personnes migrantes. Le Havre arrive en queue de peloton juste après Mulhouse et Brest.
Établi sur la base de cent grands indicateurs de santé issus d'une vingtaine de sources officielles, ce classement prend en compte les principaux taux de mortalité et de morbidité, les comportements à risques (alcool, tabac, drogues), la criminalité, le taux de suicides, l'offre de soins (taux d'équipement en lits et places, matériel d'imagerie médicale, activité des CHU, démographie des professionnels de santé), le nombre de places en psychiatrie, la prescription d'antibiotiques, de statines, de psychotropes, l'accueil pour personnes âgées. Sans oublier les facteurs environnementaux : pollution, sites industriels à risques, espaces verts.
Mais dans une interview introductive à cette enquête, Alfred Spira, chef du service Santé publique à l'hôpital de Bicêtre, tempère ce classement « basé sur des moyennes collectives » : « Il faut prendre en compte l'existence de véritables villes dans la ville : des quartiers où les indicateurs sont plus dans le vert, d'autres où ils sont plus dans le rouge, sans oublier les migrations quotidiennes qui passent inaperçues. »
« Des dépenses inférieures »
Lyon (466 400 habitants) « jouit d'une très bonne offre de soins », pointe l'hebdomadaire. Le taux de places en courts et moyens séjours, de lits pour les personnes âgées et le nombre de médecins généralistes y sont supérieurs à la moyenne nationale. Tout comme la densité en équipements lourds (IRM, scanner...). « Et ce avec des dépenses de santé inférieures à celles des autres villes de France (762 euros par personne et par an contre 782 pour Besançon et 856 pour Nancy) », note le Dr Jean-Pierre Terrien, généraliste à Lyon. Avec un « modeste taux de patients en ALD » (affections de longue durée), des décès par alcoolisme et par suicide « deux fois moins importants que dans le reste du pays », la capitale des Gaules bénéficie aussi d'une « très bonne offre de soins ».
En revanche, les maisons médicales de garde (où les généralistes se relaient pour se partager les gardes et désengorger les urgences des hôpitaux) s'inquiètent pour leur financement. « C'est une gestion comptable qui nous menace », s'inquiète le Dr Joseph, généraliste à Lyon VIIIe. « Alors qu'on nous demande de réguler, c'est-à-dire de rationaliser l'offre de soins, on veut en parallèle que l'on fasse de l'activité. C'est absolument antinomique. »
Paris, l'an dernier assez mal notée (en douzième position), est la deuxième du classement d'Impact médecine. Mais il s'agit de Paris intra muros, qui cumule un nombre impressionnant de grands établissements hospitaliers, de médecins, « une densité médicale pléthorique » mais avec des variations considérables. « C'est le grand écart : 2 généralistes pour 10 000 habitants dans le XXe contre 39,7 dans le triangle d'or du VIIIe. » Les habitants de la capitale ont en outre une espérance de vie supérieure de 2 ans à la moyenne nationale. Certes, Paris remporte le premier prix de la santé de l'enfant, mais pour les enfants handicapés il manque encore de nombreuses places d'accueil : 5,75 lits et places pour mille enfants de moins de 20 ans contre près du double à Tours ou à Rouen. Le maire de Paris en est bien conscient, qui a programmé la création de 1 109 places supplémentaires pour handicapés pour la période 2006-2010...
Enfin, Rennes est couronnée pour son dynamisme en matière de prévention. Ville universitaire oblige, l'une des priorités de la politique municipale vise à prévenir l'alcoolisme des jeunes, véritable fléau local avec 48 % d'ivresses répétées contre 26 % en moyenne nationale. Autre initiative, un centre pour améliorer la santé des migrants (Turcs, Congolais, Mongols) qui n'ont pas accès à la médecine classique faute d'une maîtrise de la langue française ou de couverture sociale. Quinze médecins souvent épaulés par un interprète accueillent ces personnes pour des problèmes de santé complexes mais aussi des symptômes de stress post-traumatique. « Un travail difficile mais passionnant », confie l'un des médecins du centre, le Dr Couatarmanac'h.
* L'ensemble des résultats est disponible sur le site : www.impactmedecine.fr

Nouvelle première mondiale de thérapie génique en France

LU DANS LE FIGARO: Respectivement six mois et un an après le traitement, deux enfants atteints d'adrénoleucodystrophie se portent bien. Cette maladie génétique provoque la destruction de la myéline du cerveau et de la moelle épinière.

DEUX enfants atteints d'une maladie génétique orpheline, l'adrénoleucodystrophie (ALD), ont pour la première fois pu être traités par thérapie génique, a annoncé hier le Pr Patrick Aubourg, spécialiste mondial de la maladie, lors du congrès de la Société européenne de thérapie génique et cellulaire à Rotterdam.
Le protocole utilisé est inspiré de celui qui avait permis la première guérison en 2000 d'une maladie génétique par thérapie génique, effectuée à l'hôpital Necker de Paris sous la houlette du Pr Alain Fischer, de l'Inserm. Là aussi, les cellules souches du sang des deux enfants ont reçu in vitro le gène médicament qui leur faisait défaut, puis ont été réintroduites pour reconstituer l'ensemble des cellules sanguines des jeunes patients.
«  Respectivement six et douze mois après, les enfants se portent bien et nous n'observons aucun effet secondaire, a précisé le Pr Aubourg, directeur de recherche de l'unité Inserm 745 à l'université Paris-V. Toutes les cellules du sang de nos deux patients expriment bien le gène que nous avons introduit. Un tel résultat, bien que préliminaire, est déjà très encourageant. »
Cette percée contre l'ALD, une maladie le plus souvent mortelle chez les jeunes garçons atteints, est le fruit à la fois d'un parcours exceptionnel de recherche et d'une collaboration exemplaire entre de multiples partenaires.
En 1990, le Pr Aubourg montre que cette maladie démyélinisante, dépourvue alors de tout traitement, peut parfois, si elle est dépistée assez tôt, être traitée par une greffe de moelle osseuse. En 1993, il identifie avec le Pr Jean-Louis Mandel la mutation responsable de la maladie, située dans le gène d'un transporteur d'acide gras. En 2003, profitant de l'expertise de Patrick Charneau, à l'Institut Pasteur, son équipe teste chez la souris un vecteur dérivé du virus du sida destiné à transférer dans les cellules souches de la moelle osseuse le gène normal : c'est un succès, les animaux expriment bien la protéine codée par ce gène dans leur cerveau.
Le risque de leucémie réduit
Ce premier essai, également piloté par le Dr Nathalie Cartier-Lacave, ouvre alors la voie à une application chez l'homme. Celle-ci est menée grâce au renfort des Prs Marina Cavazzana et Alain Fischer, qui apportent leur expérience de l'utilisation des cellules souches hématopoïétiques et de leur greffe, acquise depuis 2000.
Le risque de leucémie lié à l'insertion du vecteur viral dans le génome a été fortement réduit par rapport à ces premiers essais : « Nous utilisons pour la première fois au monde un vecteur dérivé du VIH pour la thérapie génique chez l'homme, explique le Pr Aubourg. Même s'il faut rester très prudent, cette séquence virale présente moins de risques que celle utilisée auparavant. De plus, le gène apporté ici n'intervient pas dans la prolifération cellulaire et ne peut donc la favoriser artificiellement. »
Un autre risque, celui du rejet, paraît minimisé puisqu'il s'agit d'une autogreffe ; mais, précise le chercheur, « nous attendrons encore quelques mois comme pour une greffe classique pour être sûrs qu'elle a bien pris ».
De tels travaux n'auraient pas été possibles sans le constant soutien financier apporté non seulement par l'Inserm mais aussi, dès 1993, par l'Association européenne contre les leucodystrophies (ELA) des parents de malades et ses nombreux sponsors, ainsi que par l'AFM (Association française contre les myopathies) soutenue par le Téléthon.
« Pour la première fois, s'enthousiasme Guy Alba, le président fondateur d'ELA (*), nous avons enfin un espoir majeur de guérir l'ALD et probablement d'autres maladies génétiques. Trois autres enfants sont maintenant en attente, mais il nous faut trouver les 700 000 euros pour acheter le coûteux vecteur génique produit pour une utilisation chez l'homme. Ces deux premiers cas seront, nous l'espérons tous, les premiers d'une longue série. »
Cette avancée, si elle se confirme, pourrait être majeure non seulement dans le traitement des ALD mais aussi de nombreuses maladies génétiques. Elle validerait d'abord le nouveau vecteur pour tenter de traiter des maladies génétiques du sang, beaucoup plus répandues, telles que par exemple les thalassémies. Ensuite, elle montre pour la première fois qu'une maladie génétique affectant le système nerveux central peut être soignée par ce biais. « Certaines cellules du sang portant le gène médicament, indique en effet Patrick Aubourg, ont la capacité naturelle de migrer dans le cerveau et de s'y différencier en macrophages, des cellules du système immunitaire. Cette colonisation permet de corriger une maladie portant ailleurs que sur le sang. »

09/10/2007

Le Nobel de médecine récompense les travaux de généticiens


La souris et la cellule-souche...


 Le prix Nobel de médecine 2007 a été attribué, aux Américains Mario Capecchi et Oliver Smithies, ainsi qu'au Britannique Martin Evans, pour leurs travaux sur les cellules-souches. Ce prix prestigieux, d'une valeur de 10 millions de couronnes suédoises (1,09 million d'euros), récompense leurs recherches sur les modifications génétiques de souris à l'aide de cellules-souches embryonnaires, a indiqué le communiqué du comité Nobel.

"Leurs découvertes ont permis de mettre au point une technologie d'une immense importance" pour cibler les gènes de souris, a justifié le comité. Ces recherches ont notamment été utilisées pour aider la science à déterminer pourquoi certaines maladies, comme la mucoviscidose, touchent les êtres humains à un niveau cellulaire.

Les trois lauréats travaillent dans des laboratoires différents aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Mario Capecchi, 70 ans, né en Italie, est américain. Martin Evans (66 ans) et Oliver Smithies (82 ans) sont tous deux nés en Grande-Bretagne, mais le premier est britannique et le deuxième américain.

En 2001, les trois hommes avaient obtenu le prix Albert-Lasker pour leurs travaux sur le génome de la souris.

L'an dernier, le comité Nobel avait déjà récompensé deux généticiens américains : Andrew Z. Fire et Craig C. Mello, pour leurs découvertes sur l'information génétique.

13/01/2007

Comment maîtriser alzheimer?

Le Monde daté de ce dimanche publie un ITW de BRUNO DUBOIS, un neurologue.

L'espérance de vie continue d'augmenter, mais les fonctions intellectuelles se détériorent souvent avec l'âge. Peut-on estimer le nombre de malades d'Alzheimer ces prochaines décennies ?

Cette affection neurodégénérative touche aujourd'hui environ 25 millions de personnes dans le monde, dont 860 000 en France. Si la tendance actuelle se poursuit, nous recenserons, compte tenu du vieillissement de la population et rien qu'en France, près de 1,3 million de cas en 2020 et 2,1 millions en 2040.

Après 75 ans, 13,2 % des hommes et 20,5 % des femmes sont concernés, et passé 85 ans le nombre de cas augmente de façon exponentielle. Ces chiffres concernent les personnes considérées comme " démentes ", c'est-à-dire ayant perdu toute autonomie. Mais cela n'est qu'un aspect du problème. Des examens de cerveaux prélevés sur des personnes saines décédées ont montré que, dès 47 ans, 50 % d'entre elles présentent déjà des lésions cérébrales caractéristiques de la maladie d'Alzheimer. Ce qui signifie qu'elles se trouvent dans la première phase de cette affection sans pour autant en montrer les symptômes.



Quand peut-on espérer la mise au point d'un " vaccin " ?

Deux nouveaux essais vont être lancés avec des vaccins mieux ciblés. Nous avons de bons espoirs d'aboutir à un résultat positif. Si tel est le cas, étant donné la pression qui existe, nous pourrions disposer d'un vaccin au plus tôt dans trois ans. Ce qui serait extrêmement rapide.

Un premier vaccin avait été testé chez l'homme en 2000. Il s'agissait alors non pas de tenter de prévenir la maladie, mais de bloquer - ou de freiner - la progression dans le cerveau des lésions caractéristiques de cette affection. Le développement pharmacologique du vaccin a toutefois été abandonné en 2002 après l'identification de 18 cas de méningo-encéphalite parmi les 300 personnes qui avaient reçu 2 injections sur les 6 prévues. Pour autant, des résultats cliniques ainsi que des examens effectués post mortem dans le cerveau de 7 personnes vaccinées ont, depuis, permis de conclure que ce vaccin était bel et bien doté d'une efficacité potentielle en " nettoyant " une partie des lésions pathologiques existantes.



Où en est-on de la connaissance des causes de la maladie ?

Nous connaissons aujourd'hui parfaitement la cascade des événements biologiques qui se produisent lorsque la maladie se développe : des plaques " séniles " apparaissent dans le cerveau et, progressivement, entraînent la dégénérescence d'une partie des neurones.

Mais la vérité est que l'on ne connaît pas les causes premières qui provoquent cette cascade. En revanche nous commençons à identifier des facteurs qui pourraient faire reculer l'âge auquel les premiers symptômes apparaissent. Ainsi, un niveau culturel élevé, la pratique régulière d'activités cognitives, les interactions sociales et même l'activité physique durant la retraite sont de nature à retarder l'apparition de la maladie. De même une alimentation de type " régime crétois ", la consommation de poisson ou celle, modérée, de vin rouge ont une influence positive. On peut ainsi espérer retarder d'un an ou deux l'apparition des symptômes.



Comment comprendre le rôle favorable du niveau culturel ?

On explique aujourd'hui ce phénomène par la création chez les personnes concernées d'une sorte de " réserve cognitive ", d'un réseau développé de connexions synaptiques. Notre cerveau contient environ 100 milliards de neurones. Chacun peut établir jusqu'à 100 000 connexions avec d'autres. Plus un enfant sera stimulé, plus il créera une réserve importante de connexions. Plus tard cette réserve permettra de retarder l'apparition des symptômes. Des études épidémiologiques réalisées à quinze ans d'intervalle ont montré une diminution du nombre de cas proportionnelle à l'élévation du niveau culturel. La plus forte proportion de femmes touchées aujourd'hui pourrait en partie s'expliquer par un moindre niveau d'éducation de la population qui atteint actuellement l'âge où la maladie se développe. Parents, enseignants et responsables politiques peuvent dès à présent agir.



Pourra-t-on diagnostiquer la maladie de manière plus précoce ?

Sans aucun doute, c'est une question essentielle. Depuis l'identification, il y a précisément un siècle, de cette affection, le diagnostic est officiellement porté à partir du stade où le malade a déjà atteint le seuil de la démence. Pour ma part, je considère qu'une personne est malade dès l'apparition des premiers symptômes. En 2005, un groupe de spécialistes français, américains, canadiens, japonais, britanniques et néerlandais a commencé à travailler sur un diagnostic précoce de maladie d'Alzheimer. C'est aujourd'hui chose faite. Nous savons que plusieurs années peuvent être gagnées.



Comment peut-on gagner ces années ?

Il faut que les neurologues abandonnent les pratiques en vigueur et utilisent une nouvelle grille diagnostique. Ils doivent tout d'abord identifier un syndrome amnésique spécifique, ce qui peut être fait avec des tests, lors d'une " consultation de mémoire ". Les médecins doivent ensuite vérifier que ce syndrome est associé à une atrophie de certaines régions cérébrales - les hippocampes. Un diagnostic réalisable avec les techniques courantes d'imagerie par résonance magnétique nucléaire. Les médecins peuvent ensuite valider leur approche par des analyses biologiques obtenues par un prélèvement de liquide céphalo-rachidien, ou par des analyses fonctionnelles.

Diagnostiquer la maladie avant l'apparition de la démence conduira à la dissocier d'autres troubles du cerveau : dépression, trouble vasculaire cérébral, autre maladie dégénérative débutante... Quand le corps médical sera formé à cette nouvelle approche, nous pourrons agir plus efficacement.

Propos recueillis par Michel Alberganti et Jean-Yves Nau (LE MONDE)

225 000 NOUVEAUX CAS

de maladie d'Alzheimer sont diagnostiqués chaque année en France. La durée de vie moyenne des malades une fois que l'affection est identifiée est de 8,5 ans.

 

EN FRANCE,

on compte actuellement 15 malades pour 1 000 habitants. Ce taux dépassera les 20 pour 1 000 en 2020 et les 30 pour 1 000 en 2040.

 

À LIRE

 

- Le Livre vert de la maladie d'Alzheimer

(à obtenir auprès de France Alzheimer, www.francealzheimer.org)

- Rapport parlementaire sur la maladie d'Alzheimer et les maladies apparentées, par Cécile Gallez, députée (accès libre sur : www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i2454.asp)

- Alzheimer. Photos, Peter Granser, textes, Fritz A. Henn, Christophe Ribbat, Sybille Heeg. Mennour Editions, 2005

SUR INTERNET

www.alz.co.uk/site mondial des associations sur la maladie d'Alzheimer