01/11/2007

La santé et les Villes: Lyon, palme d'or

L'hebdomadaire médical « Impact médecine » publie pour la deuxième fois son palmarès des trente-six villes qui offrent la meilleure qualité de soins.

LYON décroche cette année la palme d'or au classement santé des trente-six grandes villes de France, publié jeudi par l'hebdomadaire Impact médecine *. Paris arrive en deuxième place. La capitale remporte également le prix de la santé de l'enfant. Besançon est en troisième place suivie de Grenoble et Nancy ex aequo puis de Bordeaux (la première l'an dernier). Rennes en neuvième place est couronnée du prix des initiatives santé pour ses actions sur les conduites à risque lors des événements festifs ou encore pour la création d'un centre médical pour la prise en charge des personnes migrantes. Le Havre arrive en queue de peloton juste après Mulhouse et Brest.
Établi sur la base de cent grands indicateurs de santé issus d'une vingtaine de sources officielles, ce classement prend en compte les principaux taux de mortalité et de morbidité, les comportements à risques (alcool, tabac, drogues), la criminalité, le taux de suicides, l'offre de soins (taux d'équipement en lits et places, matériel d'imagerie médicale, activité des CHU, démographie des professionnels de santé), le nombre de places en psychiatrie, la prescription d'antibiotiques, de statines, de psychotropes, l'accueil pour personnes âgées. Sans oublier les facteurs environnementaux : pollution, sites industriels à risques, espaces verts.
Mais dans une interview introductive à cette enquête, Alfred Spira, chef du service Santé publique à l'hôpital de Bicêtre, tempère ce classement « basé sur des moyennes collectives » : « Il faut prendre en compte l'existence de véritables villes dans la ville : des quartiers où les indicateurs sont plus dans le vert, d'autres où ils sont plus dans le rouge, sans oublier les migrations quotidiennes qui passent inaperçues. »
« Des dépenses inférieures »
Lyon (466 400 habitants) « jouit d'une très bonne offre de soins », pointe l'hebdomadaire. Le taux de places en courts et moyens séjours, de lits pour les personnes âgées et le nombre de médecins généralistes y sont supérieurs à la moyenne nationale. Tout comme la densité en équipements lourds (IRM, scanner...). « Et ce avec des dépenses de santé inférieures à celles des autres villes de France (762 euros par personne et par an contre 782 pour Besançon et 856 pour Nancy) », note le Dr Jean-Pierre Terrien, généraliste à Lyon. Avec un « modeste taux de patients en ALD » (affections de longue durée), des décès par alcoolisme et par suicide « deux fois moins importants que dans le reste du pays », la capitale des Gaules bénéficie aussi d'une « très bonne offre de soins ».
En revanche, les maisons médicales de garde (où les généralistes se relaient pour se partager les gardes et désengorger les urgences des hôpitaux) s'inquiètent pour leur financement. « C'est une gestion comptable qui nous menace », s'inquiète le Dr Joseph, généraliste à Lyon VIIIe. « Alors qu'on nous demande de réguler, c'est-à-dire de rationaliser l'offre de soins, on veut en parallèle que l'on fasse de l'activité. C'est absolument antinomique. »
Paris, l'an dernier assez mal notée (en douzième position), est la deuxième du classement d'Impact médecine. Mais il s'agit de Paris intra muros, qui cumule un nombre impressionnant de grands établissements hospitaliers, de médecins, « une densité médicale pléthorique » mais avec des variations considérables. « C'est le grand écart : 2 généralistes pour 10 000 habitants dans le XXe contre 39,7 dans le triangle d'or du VIIIe. » Les habitants de la capitale ont en outre une espérance de vie supérieure de 2 ans à la moyenne nationale. Certes, Paris remporte le premier prix de la santé de l'enfant, mais pour les enfants handicapés il manque encore de nombreuses places d'accueil : 5,75 lits et places pour mille enfants de moins de 20 ans contre près du double à Tours ou à Rouen. Le maire de Paris en est bien conscient, qui a programmé la création de 1 109 places supplémentaires pour handicapés pour la période 2006-2010...
Enfin, Rennes est couronnée pour son dynamisme en matière de prévention. Ville universitaire oblige, l'une des priorités de la politique municipale vise à prévenir l'alcoolisme des jeunes, véritable fléau local avec 48 % d'ivresses répétées contre 26 % en moyenne nationale. Autre initiative, un centre pour améliorer la santé des migrants (Turcs, Congolais, Mongols) qui n'ont pas accès à la médecine classique faute d'une maîtrise de la langue française ou de couverture sociale. Quinze médecins souvent épaulés par un interprète accueillent ces personnes pour des problèmes de santé complexes mais aussi des symptômes de stress post-traumatique. « Un travail difficile mais passionnant », confie l'un des médecins du centre, le Dr Couatarmanac'h.
* L'ensemble des résultats est disponible sur le site : www.impactmedecine.fr

01/11/2006

Dans LA CROIX: L'hôpital traite mal les personnes âgées

Dans un entretien à "La Croix", Pierre Pfitzenmeyer, professeur de gériatrie, coordonnateur médical du pôle Personnes âgées au CHU de Dijon et auteur d'un rapport sur l'hôpital et le vieillissement, dénonce l'accueil "indigne" des personnes âgées en milieu hospitalier

La Croix : En mai dernier, vous avez remis au gouvernement rapport sur l’hôpital face au vieillissement de la population. Ce rapport a contribué à élaborer le plan solidarité grand âge du gouvernement. Quelles suites ont été données à votre travail ?

Pierre Pfitzenmeyer : Ce rapport (pour le consulter, cliquez ici) a, sur le coup, reçu un accueil favorable. C’est ensuite que le plan m’est surtout apparu comme un effet d’annonce. Ses orientations sont intéressantes mais les moyens sont largement insuffisants. Ce plan montre que nos responsables politiques n’ont pas pris conscience de la gravité de la situation. Dans notre société est aujourd’hui en train de se développer une sorte de ségrégation médicale et sociale vis-à-vis de nos concitoyens les plus âgés, les plus malades et handicapés.

Que signifie ce terme de ségrégation médicale et sociale ?

Que l’isolement des sujets les plus âgés, au sein de notre système sanitaire et social, ne cesse de s’accroître. De manière insidieuse, ces personnes sont mises de côté et ne sont pas accueillies, par exemple à l’hôpital, comme elles devraient l’être dans un pays aussi riche que le nôtre. Il est important de préciser que les personnes dont il est question ici sont celles qu’en médecine nous désignons comme des sujets gériatriques, c’est-à-dire des personnes très âgées, dépendantes et malades. Ceux qui, aujourd’hui, font un peu figure de «survivants».

Des survivants ?

Au cours des quarante dernières années, notre médecine a fait des progrès fantastiques, qui ont permis de sauver de très nombreux Français qui, jusque-là, mouraient à 70 ou 75 ans d’un infarctus du myocarde, d’un accident vasculaire cérébral, d’un cancer ou d’une pathologie infectieuse.

La médecine a permis de faire vivre ces patients sans toujours, malheureusement, éviter certaines séquelles. Ces patients ont donc pu continuer à vivre dix ou quinze ans supplémentaires avec ces séquelles, puis, progressivement, avec d’autres pathologies liées à l’âge. Ce sont ces patients que l’hôpital accueille de manière le plus souvent indigne.

Depuis la canicule de 2003, de nombreux gériatres affirment, comme vous, que l’hôpital accueille très mal les personnes âgées, voire ne « les aime pas ». Qu’est ce qui explique cette situation ?

Le problème n’est pas lié à un manque de dévouement ou d’humanité des équipes médicales et soignantes. Il repose sur des questions d’organisation et de moyens. Aujourd’hui, nos hôpitaux ne sont pas conçus pour accueillir ces patients très âgés, souffrant de plusieurs pathologies.

Là encore, pour comprendre, il faut revenir en arrière. Au cours des trente dernières années, notre système de santé n’a eu de cesse de développer une médecine de pointe, dispensée dans des hôpitaux organisés autour de services spécialisés sur un organe : le cœur, le poumon, le foie, les reins…

Aujourd’hui, les patients à l’hôpital sont donc répartis dans des services de cardiologie, pneumologie, néphrologie, pneumologie, etc. Cette évolution doit être saluée. Cette médecine de pointe a permis de faire des prouesses en termes de vies sauvées.

Le problème est que, dans le même temps, on ne s’est pas donné les moyens de développer des services de gériatrie, de médecine, de soins de suite, de réhabilitation où l’on soigne, non pas une pathologie unique, mais une personne dans sa globalité.

Résultat, aujourd’hui, les personnes âgées arrivent aux urgences où elles restent des heures sur un brancard, dans un couloir. Parce que les urgences ne trouvent pas de lits disponibles pour les orienter dans les autres services de l’hôpital.

Un service de pneumologie sera ultra-compétent pour prendre en charge le problème pulmonaire d’un patient âgé, mais il n’aura ni la compétence ni le temps pour s’occuper de son insuffisance rénale, de ses troubles de locomotion ou, plus simplement, d’une fracture du poignet mal consolidée…

Certains médecins des urgences avouent même que, souvent, les patrons de ces services spécialisés refusent carrément d’accueillir des patients très âgés et dépendants… Est-ce la réalité ?

Oui, bien sûr, cela existe. Encore une fois, cela n’est pas une question de manque d’humanité. On en revient toujours au même problème : l’organisation et les moyens. Un patient très âgé va avoir besoin de plus de temps pour récupérer qu’un patient plus jeune. Il va donc rester plus longtemps dans ce lit de cardiologie ou de pneumologie où il aura été placé.

Parfois, faute d’avoir pu trouver une place dans un service de soins de suite, le chef de cardiologie ou de pneumologie va devoir le garder plusieurs semaines dans un lit qui, pendant ce temps, ne pourra pas être occupé par d’autres patients ayant besoin de soins aigus.

En dépit de ces dysfonctionnements, on a l’impression que le système arrive quand même à fonctionner. La France n’est pas un pays où l’hôpital met toutes les personnes âgées à la porte…

Non, bien sûr. Tout d’abord, il existe un sens extrême du devoir au sein des personnels hospitaliers. Mais il faut bien comprendre que ce manque de services adaptés aux personnes très âgées et surtout la pénurie de personnel conduisent à une prise en charge indigne. Et même, je le dis en pesant mes mots, à une maltraitance institutionnelle.

Aujourd’hui, une personne totalement dépendante pour son alimentation a besoin d’un temps de soignant qu’on peut évaluer à trois quarts d’heure pour le faire manger. Aujourd’hui, aucun hôpital en France n’est en mesure de donner un tel temps de soignant. Si on arrive à donner dix minutes à chaque patient, c’est déjà formidable.

Mais peut-on véritablement parler de maltraitance ?

D’une maltraitance de l’institution, oui. Quand on pose un plateau-repas près d’un malade et qu’on le reprend une heure plus tard, intact, sans que personne ait eu le temps de faire manger le malade, oui, c’est de la maltraitance. Quand on installe un patient sur un brancard, dans un placard à balai, parce qu’aucune chambre n’est disponible, oui, c’est de la maltraitance. Quand on laisse un vieillard allongé dans un lit, uriner sur lui-même, la honte au cœur, parce que personne n’a eu le temps de le lever pour l’emmener aux toilettes, oui, c’est de la maltraitance. Toutes ces choses arrivent tous les jours dans nos hôpitaux. Mais personne ne veut les voir.

Au-delà de l’hôpital, que pensez-vous du regard que porte la société sur le vieillissement ?

Aujourd’hui, il existe un engagement magnifique des familles qui se dévouent auprès de ces personnes très âgées. Mais, collectivement, il est clair que nous refusons cette image du vieillissement associée à la maladie, au handicap. Seule l’image du « beau vieillissement » est valorisée dans notre société.

Le beau vieillard est celui qui conserve l’ensemble des aptitudes sociales, physiques, intellectuelles de l’adulte jeune. Le beau vieillard, c’est celui qui est capable de faire du tourisme à l’autre bout du monde. Celui qui intéresse les publicitaires et les responsables du marketing en raison de son supposé niveau de vie très confortable. C’est d’ailleurs assez incroyable.

Progressivement s’est développée l’idée dans notre société que ce sont les «vieux» qui sont les plus riches, qui ont du patrimoine. C’est vrai pour une partie d’entre eux. Mais ce n’est pas le cas de 50 % des veuves de notre pays, qui sont au minimum vieillesse et, souvent, vivent au bord du seuil de pauvreté.

De manière insidieuse, on en est même arrivé à créer un sentiment de culpabilisation chez nos concitoyens très âgés en laissant entendre qu’ils coûtent de plus en cher, pour les retraites, à la Sécurité sociale… Résultat, sans arrêt, je vois en consultation des patients, qui me disent : « Docteur, je coûte trop cher, je suis un fardeau… »

Pierre BIENVAULT