09/10/2007

Le Nobel de médecine récompense les travaux de généticiens


La souris et la cellule-souche...


 Le prix Nobel de médecine 2007 a été attribué, aux Américains Mario Capecchi et Oliver Smithies, ainsi qu'au Britannique Martin Evans, pour leurs travaux sur les cellules-souches. Ce prix prestigieux, d'une valeur de 10 millions de couronnes suédoises (1,09 million d'euros), récompense leurs recherches sur les modifications génétiques de souris à l'aide de cellules-souches embryonnaires, a indiqué le communiqué du comité Nobel.

"Leurs découvertes ont permis de mettre au point une technologie d'une immense importance" pour cibler les gènes de souris, a justifié le comité. Ces recherches ont notamment été utilisées pour aider la science à déterminer pourquoi certaines maladies, comme la mucoviscidose, touchent les êtres humains à un niveau cellulaire.

Les trois lauréats travaillent dans des laboratoires différents aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Mario Capecchi, 70 ans, né en Italie, est américain. Martin Evans (66 ans) et Oliver Smithies (82 ans) sont tous deux nés en Grande-Bretagne, mais le premier est britannique et le deuxième américain.

En 2001, les trois hommes avaient obtenu le prix Albert-Lasker pour leurs travaux sur le génome de la souris.

L'an dernier, le comité Nobel avait déjà récompensé deux généticiens américains : Andrew Z. Fire et Craig C. Mello, pour leurs découvertes sur l'information génétique.

Recherche: Le DG de l'INSERM démissionne

Le professeur Christian Bréchot, directeur général de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), a démissionné lundi 8 octobre. Il avait été nommé le 14 février 2001 à la tête de cet établissement public à caractère scientifique et technologique, doté cette année d'un budget de 612 millions d'euros et qui compte 6 500 salariés.

Cette démission est la conséquence directe de l'affaire Metagenex, du nom d'une société de biotechnologie créée en 2001 par Patrizia Paterlini-Bréchot, l'épouse du professeur Bréchot, afin de développer un test prometteur visant à identifier des cellules cancéreuses circulant dans le sang.

Répondant aux incitations officielles de l'époque, il s'agissait pour cette chercheuse de trouver, tout en restant dans l'organisme public, les capitaux privés lui permettant de promouvoir et de diffuser ce test mis au point par son équipe. L'affaire avait alors été menée sous l'égide d'Inserm-Transfert.

Mme Bréchot n'avait toutefois pu trouver les fonds nécessaires qu'en juillet 2006, lorsque les sociétés Axa et Banexi avaient décidé d'investir 2,5 millions d'euros. Peu de temps après, un conflit éclata entre la fondatrice de Metagenex et David Znaty, devenu président du directoire.

L'épouse du directeur général de l'Inserm accusait en substance les investisseurs de ne pas tenir leurs engagements sur la constitution d'un conseil scientifique et le financement des études de validation de l'efficacité, préalable indispensable, selon elle, à la commercialisation. C'est ainsi que la direction générale de l'Inserm s'opposait juridiquement à l'utilisation du brevet (Le Monde des 29 juin et 25 juillet). Pour sa part, M. Znaty observait que la société Metagenex avait notamment été créée à l'initiative de M. Bréchot et qu'il avait cédé ses parts à sa famille au moment de sa nomination à la tête de l'Inserm. Le professeur Bréchot récusait quant à lui les accusations de conflit d'intérêts dont il était clairement la cible. La justice avait été saisie.

Après inspection conjointe des deux ministères de tutelle, le directeur général de la santé et celui de la recherche et de l'innovation avaient, dans un courrier du 21 septembre, demandé au directeur général de l'Inserm de faire en sorte que Metagenex puisse exploiter le brevet sur le test de dépistage, solution "la plus conforme à l'intérêt public".

Selon ce courrier, il existerait au sein d'Inserm-Transfert des éléments qui ne permettent pas d'espérer une issue favorable à l'action judiciaire en cours. Dès lors et afin de ne pas être à nouveau accusé de conflit d'intérêts, M. Bréchot n'avait plus d'autre issue que de présenter sa démission afin d'assurer au mieux sa défense. (source: Le Monde)

22/01/2007

La recherche en question: les scientifiques en colère

LU DANS LE MONDE/ Un tollé. C'est la réaction suscitée, dans la communauté scientifique, par le rapport sur la valorisation de la recherche française (Le Monde du 16 janvier). Ce document, rédigé par l'inspection générale des finances et celle de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche, souligne qu'" en dépit des mesures prises depuis la loi sur l'innovation de 1999, la valorisation de la recherche ne progresse pas en France depuis quinze ans ". Pointant le déficit de contrats de partenariat entre laboratoires publics et entreprises, de participation aux programmes européens, de dépôts de brevets, ainsi que de créations d'entreprises issues de la recherche publique, le rapport prône une réorganisation radicale du système de recherche français. Et peut laisser croire que la recherche manque de performances mais pas d'argent.

" Faux, archi-faux ", fulmine le mathématicien Bertrand Monthubert, président de l'association Sauvons la recherche (SLR) ! " En ce qui concerne la part de la recherche publique et privée dans le produit intérieur brut, la France occupe une place très médiocre en Europe : 2,13 % en 2004 (contre 2,23 % en 2002), quand l'objectif du président de la République était d'atteindre 3 %, rappelle-t-il. En comparaison, l'Allemagne dépense 2,49 %, le Japon 3,15 %, les USA 2,68 %. On n'ose citer les 3,48 % de la Finlande et les 3,98 % de la Suède ". Sans compter les pays émergents comme la Chine et l'Inde, qui mettent depuis quelques années les bouchées doubles.

" Pour construire l'avenir, il faut financer la recherche publique ", protestent en choeur le Syndicat national de l'enseignement supérieur (Snesup-FSU) et le Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU), qui " s'indignent d'une nouvelle mise en cause de l'efficacité des acteurs de la recherche publique, visant à assujettir celle-ci aux besoins d'innovation de l'industrie privée ". A leurs yeux, " les difficultés indéniables de la recherche en France tiennent au sous-financement chronique des laboratoires, à l'insuffisance d'investissement des entreprises dans les activités de recherche et à leur faible volonté de réels partenariats avec la recherche publique ". A l'unisson, le Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique (SNTRS-CGT) estime que si la recherche française est " malade ", " ce n'est pas de ses chercheurs qui seraient mauvais, mais malade des politiques utilitaristes à courte vue, malades des politiques incendiaires et irresponsables de tout bord ".

Le ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche, François Goulard, pourtant peu suspect de collusion avec Sauvons la recherche, a lui-même jugé nécessaire de se démarquer fermement des conclusions du rapport. Les " assertions " selon lesquelles la recherche publique disposerait d'assez de moyens et pêcherait par manque d'efficacité " sont grossièrement fausses et ne peuvent être portées, dans cette forme lapidaire, que par des ignorantins ", a-t-il déclaré.

A leur façon, les deux principaux candidats à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, viennent d'apporter de l'eau au moulin des chercheurs, en leur promettant l'un comme l'autre des crédits supplémentaires (Le Monde du 20 janvier). Le premier n'a fait que reprendre l'effort budgétaire déjà programmé par la loi sur la recherche tandis que la seconde, dans un article à paraître dans le prochain numéro de La Recherche, annonce son intention, en cas de victoire, d'" augmenter de 10 % par an la dépense publique consacrée à cette priorité stratégique qu'est la recherche ".

Courroucés par l'affirmation que la recherche publique vit grassement, les scientifiques s'irritent aussi de la mise en cause de ses performances à la seule aune des retombées économiques. " La valorisation industrielle ne saurait devenir la seule mission des établissements de recherche, même s'il est important qu'ils s'en préoccupent, proteste Bertrand Monthubert. Les chercheurs qui analysent les risques de conflits dans nos sociétés, ceux qui ont établi la toxicité de l'amiante, ou ceux qui étudient l'évolution des espèces ou de l'univers produisent, tous, des connaissances précieuses, sans considération de valorisation commerciale ".

Pierre Le Hir (LE MONDE)

Dans LE MONDE: Que vaut la recherche française?

EDITORIAL DU MONDE DATE DE DEMAIN: "Que vaut la recherche française ? Un sulfureux rapport des inspections générales des finances, de l'éducation nationale et de la recherche vient de poser, plutôt de reposer, la question au grand jour. Vieux débat, vieille querelle.

Ce document, perçu comme un affront par la communauté scientifique, accable sans nuance la recherche publique de notre pays, épinglée pour ses piètres performances économiques. " La valorisation de la recherche ne progresse pas en France depuis quinze ans ", accuse-t-il, en donnant à penser que l'argent des contribuables est bien mal employé par les chercheurs.

Certes, la transformation des découvertes de la recherche académique en résultats exploitables par l'industrie - le passage de la recherche fondamentale à la recherche appliquée - constitue, de longue date, le talon d'Achille du système français. Mais la faute en revient-elle aux seuls organismes publics, tels que le CNRS, le plus en vue et donc aussi le plus critiqué ? N'incombe-t-elle pas, aussi et d'abord, aux entreprises françaises, plus frileuses que beaucoup de leurs concurrentes dès lors qu'il s'agit de financer de leurs deniers les activités de recherche et développement ?

En 2003, leurs investissements dans ce domaine ne représentaient que 1,11 % du PIB, contre 1,67 % pour leurs homologues allemandes. En 2004, les mêmes entreprises finançaient 53,6 % des dépenses nationales de recherche et développement, quand ce ratio atteignait 63,8 % aux Etats-Unis et 74,5 % au Japon.

Jacques Chirac, qui inaugurait voilà quelques semaines le synchrotron national Soleil, a lui-même souligné ce déficit : " L'Union européenne s'est fixé l'objectif ambitieux de consacrer 3 % de son PIB à la recherche. Si notre recherche publique a bien dépassé le seuil du 1 %, la recherche d'initiative privée ne représente pas encore les 2 % nécessaires à la réalisation de l'objectif. "

Est-il bien pertinent, de surcroît, de juger de la qualité de la science à la seule aune des brevets technologiques et des essaimages industriels, quand il s'agit d'abord de création de savoir ? Les physiciens et chimistes français - dont quatre, Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak, Claude Cohen-Tannoudji et Yves Chauvin, ont décroché le Nobel au cours des quinze dernières années -, les mathématiciens - qui collectionnent les médailles Fields, la plus haute distinction dans cette discipline -, les sociologues ou les anthropologues - mondialement reconnus -, pour ne citer qu'eux, ne contribuent pas, il est vrai, à la création de richesse directement valorisable.

Il est donc inéquitable de jeter la pierre à la recherche publique sans élargir la critique à l'action - insuffisante - de l'Etat et des entreprises. Mais ce constat ne doit pas exonérer chercheurs et labos d'une sérieuse évaluation de leur production. "

© Le Monde

13/01/2007

Comment maîtriser alzheimer?

Le Monde daté de ce dimanche publie un ITW de BRUNO DUBOIS, un neurologue.

L'espérance de vie continue d'augmenter, mais les fonctions intellectuelles se détériorent souvent avec l'âge. Peut-on estimer le nombre de malades d'Alzheimer ces prochaines décennies ?

Cette affection neurodégénérative touche aujourd'hui environ 25 millions de personnes dans le monde, dont 860 000 en France. Si la tendance actuelle se poursuit, nous recenserons, compte tenu du vieillissement de la population et rien qu'en France, près de 1,3 million de cas en 2020 et 2,1 millions en 2040.

Après 75 ans, 13,2 % des hommes et 20,5 % des femmes sont concernés, et passé 85 ans le nombre de cas augmente de façon exponentielle. Ces chiffres concernent les personnes considérées comme " démentes ", c'est-à-dire ayant perdu toute autonomie. Mais cela n'est qu'un aspect du problème. Des examens de cerveaux prélevés sur des personnes saines décédées ont montré que, dès 47 ans, 50 % d'entre elles présentent déjà des lésions cérébrales caractéristiques de la maladie d'Alzheimer. Ce qui signifie qu'elles se trouvent dans la première phase de cette affection sans pour autant en montrer les symptômes.



Quand peut-on espérer la mise au point d'un " vaccin " ?

Deux nouveaux essais vont être lancés avec des vaccins mieux ciblés. Nous avons de bons espoirs d'aboutir à un résultat positif. Si tel est le cas, étant donné la pression qui existe, nous pourrions disposer d'un vaccin au plus tôt dans trois ans. Ce qui serait extrêmement rapide.

Un premier vaccin avait été testé chez l'homme en 2000. Il s'agissait alors non pas de tenter de prévenir la maladie, mais de bloquer - ou de freiner - la progression dans le cerveau des lésions caractéristiques de cette affection. Le développement pharmacologique du vaccin a toutefois été abandonné en 2002 après l'identification de 18 cas de méningo-encéphalite parmi les 300 personnes qui avaient reçu 2 injections sur les 6 prévues. Pour autant, des résultats cliniques ainsi que des examens effectués post mortem dans le cerveau de 7 personnes vaccinées ont, depuis, permis de conclure que ce vaccin était bel et bien doté d'une efficacité potentielle en " nettoyant " une partie des lésions pathologiques existantes.



Où en est-on de la connaissance des causes de la maladie ?

Nous connaissons aujourd'hui parfaitement la cascade des événements biologiques qui se produisent lorsque la maladie se développe : des plaques " séniles " apparaissent dans le cerveau et, progressivement, entraînent la dégénérescence d'une partie des neurones.

Mais la vérité est que l'on ne connaît pas les causes premières qui provoquent cette cascade. En revanche nous commençons à identifier des facteurs qui pourraient faire reculer l'âge auquel les premiers symptômes apparaissent. Ainsi, un niveau culturel élevé, la pratique régulière d'activités cognitives, les interactions sociales et même l'activité physique durant la retraite sont de nature à retarder l'apparition de la maladie. De même une alimentation de type " régime crétois ", la consommation de poisson ou celle, modérée, de vin rouge ont une influence positive. On peut ainsi espérer retarder d'un an ou deux l'apparition des symptômes.



Comment comprendre le rôle favorable du niveau culturel ?

On explique aujourd'hui ce phénomène par la création chez les personnes concernées d'une sorte de " réserve cognitive ", d'un réseau développé de connexions synaptiques. Notre cerveau contient environ 100 milliards de neurones. Chacun peut établir jusqu'à 100 000 connexions avec d'autres. Plus un enfant sera stimulé, plus il créera une réserve importante de connexions. Plus tard cette réserve permettra de retarder l'apparition des symptômes. Des études épidémiologiques réalisées à quinze ans d'intervalle ont montré une diminution du nombre de cas proportionnelle à l'élévation du niveau culturel. La plus forte proportion de femmes touchées aujourd'hui pourrait en partie s'expliquer par un moindre niveau d'éducation de la population qui atteint actuellement l'âge où la maladie se développe. Parents, enseignants et responsables politiques peuvent dès à présent agir.



Pourra-t-on diagnostiquer la maladie de manière plus précoce ?

Sans aucun doute, c'est une question essentielle. Depuis l'identification, il y a précisément un siècle, de cette affection, le diagnostic est officiellement porté à partir du stade où le malade a déjà atteint le seuil de la démence. Pour ma part, je considère qu'une personne est malade dès l'apparition des premiers symptômes. En 2005, un groupe de spécialistes français, américains, canadiens, japonais, britanniques et néerlandais a commencé à travailler sur un diagnostic précoce de maladie d'Alzheimer. C'est aujourd'hui chose faite. Nous savons que plusieurs années peuvent être gagnées.



Comment peut-on gagner ces années ?

Il faut que les neurologues abandonnent les pratiques en vigueur et utilisent une nouvelle grille diagnostique. Ils doivent tout d'abord identifier un syndrome amnésique spécifique, ce qui peut être fait avec des tests, lors d'une " consultation de mémoire ". Les médecins doivent ensuite vérifier que ce syndrome est associé à une atrophie de certaines régions cérébrales - les hippocampes. Un diagnostic réalisable avec les techniques courantes d'imagerie par résonance magnétique nucléaire. Les médecins peuvent ensuite valider leur approche par des analyses biologiques obtenues par un prélèvement de liquide céphalo-rachidien, ou par des analyses fonctionnelles.

Diagnostiquer la maladie avant l'apparition de la démence conduira à la dissocier d'autres troubles du cerveau : dépression, trouble vasculaire cérébral, autre maladie dégénérative débutante... Quand le corps médical sera formé à cette nouvelle approche, nous pourrons agir plus efficacement.

Propos recueillis par Michel Alberganti et Jean-Yves Nau (LE MONDE)

225 000 NOUVEAUX CAS

de maladie d'Alzheimer sont diagnostiqués chaque année en France. La durée de vie moyenne des malades une fois que l'affection est identifiée est de 8,5 ans.

 

EN FRANCE,

on compte actuellement 15 malades pour 1 000 habitants. Ce taux dépassera les 20 pour 1 000 en 2020 et les 30 pour 1 000 en 2040.

 

À LIRE

 

- Le Livre vert de la maladie d'Alzheimer

(à obtenir auprès de France Alzheimer, www.francealzheimer.org)

- Rapport parlementaire sur la maladie d'Alzheimer et les maladies apparentées, par Cécile Gallez, députée (accès libre sur : www.assemblee-nationale.fr/12/rap-off/i2454.asp)

- Alzheimer. Photos, Peter Granser, textes, Fritz A. Henn, Christophe Ribbat, Sybille Heeg. Mennour Editions, 2005

SUR INTERNET

www.alz.co.uk/site mondial des associations sur la maladie d'Alzheimer

17/12/2006

L'obsession de la maladie d'Alzheimer a de plus en plus tendance à masquer une maladie dépressive.

VIEILLISSEMENT, dépression et désespoir forment-ils une triade obligée ? « En tout cas ils entretiennent d'intimes connivences », analyse le Dr Thierry Gallarda, du Centre d'évaluation des troubles psychiques et du vieillissement (service du Pr Olié à l'hôpital Sainte-Anne de Paris). Pour ce psychiatre, ces maladies sont insuffisamment diagnostiquées et traitées, c'est ce qu'il a souligné à maintes reprises lors du colloque organisé hier à Sainte-Anne sur « Les dépressions dans la deuxième partie de la vie ».

Il est important de savoir interpréter, pour mieux les prendre en charge, l'apparition de certains troubles du comportement inhabituels chez un proche comme de l'irritabilité, de la colère, un égocentrisme inhabituel, des récriminations ou alors des plaintes douloureuses somatiques. Il existe d'autres symptômes évocateurs, comme une addiction tardive à l'alcool chez la femme. Ou encore une inquiétude excessive vis-à-vis de banals troubles de la mémoire qui sont en fait strictement de l'ordre de la dépression car, au vu de leur évolution sur des années ils ne se transformeront ni en démence ni en maladie d'Alzheimer. Les spécialistes parlent même à ce propos d'« hypochondrie mnésique », une sorte de phobie de la maladie d'Alzheimer aggravée par la médiatisation à outrance de ses troubles. « Il est symptomatique que les troubles de la mémoire sont mis en avant par certains patients avec tout ce que cette plainte peut représenter », analyse le psychologue Benoit Verdon.

« Il n'existe non pas»une* mais»des* maladies dépressives », poursuit le Dr Gallarda. « À l'extrême, on pourrait affirmer que chacune d'elle est unique par la singularité de l'individu qu'elle affecte. La personne âgée ne devrait pas échapper à cette règle. »
« Oui, il existe bien une spécificité de la dépression chez la personne âgée, du fait de cette longue traversée de la vie », reprend Benoit Verdon, pour qui les difficultés présentées par certains patients lorsqu'ils dépassent les 80 ans, font écho à des difficultés rencontrées dès la crise du milieu de la vie qu'il aurait alors fallu prendre en compte. « Mais un adulte qui a vieilli demeure toujours un adulte », s'empresse-t-il d'ajouter. « Attention à ne pas infantiliser les patients âgés, sous prétexte de cet état passager de grande vulnérabilité. »

La question d'un «mouvement psychique naturel»

« Mais la nature même du vieillissement n'impose-t-elle pas de se déprimer ?», s'interroge un brin provocateur le Pr Jérôme Pellerin, chef de service de psychiatrie de la personne âgée à l'hôpital Charles-Foix d'Ivry. « N'est ce pas un mouvement psychique naturel au cours duquel la plupart des individus - bien qu'il existe toujours des exceptions - n'ont plus les ressources suffisantes pour affronter les multiples contraintes liées à des problèmes physiques, à l'isolement, la perte du conjoint, les difficultés financières... de leur existence ? Ne pourrait-on pas aussi considérer la dépression comme une période nécessaire où l'individu, après une période de vie très active, voire survoltée, hypercompétitive prend le temps de se retrouver lui-même », analyse ce psychiatre. « N'est ce pas une phase nécessaire durant laquelle le fait d'aller mal n'est qu'une étape passagère pour vivre mieux ensuite ? » Question fondamentale à méditer.

Parmi les données scientifiques récentes, le Pr Kenneth Wilson de Liverpool (Grande-Bretagne) a longuement abordé le problème du lien entre dépression et anomalies vasculaires cérébrales. Qu'elles soient liées à de l'hypertension artérielle, à de l'athérosclérose, à un diabète ou à un accident vasculaire cérébral de la région frontale du cerveau passé inaperçu (sans aphasie, ni hémiplégie), toujours est-il qu'à l'IRM, des lacunes sont visibles au niveau de la région cérébrale frontale. On peut alors imaginer que de telles lésions sont génératrices de difficultés à réguler les émotions. Certains circuits cérébraux indispensables seraient entravés par ces anomalies de plus ou moins grande taille.

Pendant longtemps on a prétendu que les antidépresseurs n'avaient aucune efficacité pour ces malades. Aussi ce spécialiste a-t-il adopté des stratégies de traitement beaucoup plus agressives associant un inhibiteur de la recapture de la sérotonine à un autre, agissant aussi sur la noradrénaline ainsi qu'à du lithium. Et surtout il a mis en place des structures de réhabilitation psycho-sociale, avec des cours de gestion de certaines situations stressantes (prise de ­décision par exemple) avec des ­résultats très positifs sur l'apathie, la sensation de mal-être d'isolement. « Ce n'est pas une approche classique de type psychothérapie, c'est plutôt une réhabilitation du handicap », résume le Dr Gallarda.

Pour finir, le psychiatre dé­plore l'absence de campagnes d'information sur la dépression alors que les enjeux de santé publique apparaissent majeurs dans ce ­domaine.

01/11/2006

Dans LA CROIX: L'hôpital traite mal les personnes âgées

Dans un entretien à "La Croix", Pierre Pfitzenmeyer, professeur de gériatrie, coordonnateur médical du pôle Personnes âgées au CHU de Dijon et auteur d'un rapport sur l'hôpital et le vieillissement, dénonce l'accueil "indigne" des personnes âgées en milieu hospitalier

La Croix : En mai dernier, vous avez remis au gouvernement rapport sur l’hôpital face au vieillissement de la population. Ce rapport a contribué à élaborer le plan solidarité grand âge du gouvernement. Quelles suites ont été données à votre travail ?

Pierre Pfitzenmeyer : Ce rapport (pour le consulter, cliquez ici) a, sur le coup, reçu un accueil favorable. C’est ensuite que le plan m’est surtout apparu comme un effet d’annonce. Ses orientations sont intéressantes mais les moyens sont largement insuffisants. Ce plan montre que nos responsables politiques n’ont pas pris conscience de la gravité de la situation. Dans notre société est aujourd’hui en train de se développer une sorte de ségrégation médicale et sociale vis-à-vis de nos concitoyens les plus âgés, les plus malades et handicapés.

Que signifie ce terme de ségrégation médicale et sociale ?

Que l’isolement des sujets les plus âgés, au sein de notre système sanitaire et social, ne cesse de s’accroître. De manière insidieuse, ces personnes sont mises de côté et ne sont pas accueillies, par exemple à l’hôpital, comme elles devraient l’être dans un pays aussi riche que le nôtre. Il est important de préciser que les personnes dont il est question ici sont celles qu’en médecine nous désignons comme des sujets gériatriques, c’est-à-dire des personnes très âgées, dépendantes et malades. Ceux qui, aujourd’hui, font un peu figure de «survivants».

Des survivants ?

Au cours des quarante dernières années, notre médecine a fait des progrès fantastiques, qui ont permis de sauver de très nombreux Français qui, jusque-là, mouraient à 70 ou 75 ans d’un infarctus du myocarde, d’un accident vasculaire cérébral, d’un cancer ou d’une pathologie infectieuse.

La médecine a permis de faire vivre ces patients sans toujours, malheureusement, éviter certaines séquelles. Ces patients ont donc pu continuer à vivre dix ou quinze ans supplémentaires avec ces séquelles, puis, progressivement, avec d’autres pathologies liées à l’âge. Ce sont ces patients que l’hôpital accueille de manière le plus souvent indigne.

Depuis la canicule de 2003, de nombreux gériatres affirment, comme vous, que l’hôpital accueille très mal les personnes âgées, voire ne « les aime pas ». Qu’est ce qui explique cette situation ?

Le problème n’est pas lié à un manque de dévouement ou d’humanité des équipes médicales et soignantes. Il repose sur des questions d’organisation et de moyens. Aujourd’hui, nos hôpitaux ne sont pas conçus pour accueillir ces patients très âgés, souffrant de plusieurs pathologies.

Là encore, pour comprendre, il faut revenir en arrière. Au cours des trente dernières années, notre système de santé n’a eu de cesse de développer une médecine de pointe, dispensée dans des hôpitaux organisés autour de services spécialisés sur un organe : le cœur, le poumon, le foie, les reins…

Aujourd’hui, les patients à l’hôpital sont donc répartis dans des services de cardiologie, pneumologie, néphrologie, pneumologie, etc. Cette évolution doit être saluée. Cette médecine de pointe a permis de faire des prouesses en termes de vies sauvées.

Le problème est que, dans le même temps, on ne s’est pas donné les moyens de développer des services de gériatrie, de médecine, de soins de suite, de réhabilitation où l’on soigne, non pas une pathologie unique, mais une personne dans sa globalité.

Résultat, aujourd’hui, les personnes âgées arrivent aux urgences où elles restent des heures sur un brancard, dans un couloir. Parce que les urgences ne trouvent pas de lits disponibles pour les orienter dans les autres services de l’hôpital.

Un service de pneumologie sera ultra-compétent pour prendre en charge le problème pulmonaire d’un patient âgé, mais il n’aura ni la compétence ni le temps pour s’occuper de son insuffisance rénale, de ses troubles de locomotion ou, plus simplement, d’une fracture du poignet mal consolidée…

Certains médecins des urgences avouent même que, souvent, les patrons de ces services spécialisés refusent carrément d’accueillir des patients très âgés et dépendants… Est-ce la réalité ?

Oui, bien sûr, cela existe. Encore une fois, cela n’est pas une question de manque d’humanité. On en revient toujours au même problème : l’organisation et les moyens. Un patient très âgé va avoir besoin de plus de temps pour récupérer qu’un patient plus jeune. Il va donc rester plus longtemps dans ce lit de cardiologie ou de pneumologie où il aura été placé.

Parfois, faute d’avoir pu trouver une place dans un service de soins de suite, le chef de cardiologie ou de pneumologie va devoir le garder plusieurs semaines dans un lit qui, pendant ce temps, ne pourra pas être occupé par d’autres patients ayant besoin de soins aigus.

En dépit de ces dysfonctionnements, on a l’impression que le système arrive quand même à fonctionner. La France n’est pas un pays où l’hôpital met toutes les personnes âgées à la porte…

Non, bien sûr. Tout d’abord, il existe un sens extrême du devoir au sein des personnels hospitaliers. Mais il faut bien comprendre que ce manque de services adaptés aux personnes très âgées et surtout la pénurie de personnel conduisent à une prise en charge indigne. Et même, je le dis en pesant mes mots, à une maltraitance institutionnelle.

Aujourd’hui, une personne totalement dépendante pour son alimentation a besoin d’un temps de soignant qu’on peut évaluer à trois quarts d’heure pour le faire manger. Aujourd’hui, aucun hôpital en France n’est en mesure de donner un tel temps de soignant. Si on arrive à donner dix minutes à chaque patient, c’est déjà formidable.

Mais peut-on véritablement parler de maltraitance ?

D’une maltraitance de l’institution, oui. Quand on pose un plateau-repas près d’un malade et qu’on le reprend une heure plus tard, intact, sans que personne ait eu le temps de faire manger le malade, oui, c’est de la maltraitance. Quand on installe un patient sur un brancard, dans un placard à balai, parce qu’aucune chambre n’est disponible, oui, c’est de la maltraitance. Quand on laisse un vieillard allongé dans un lit, uriner sur lui-même, la honte au cœur, parce que personne n’a eu le temps de le lever pour l’emmener aux toilettes, oui, c’est de la maltraitance. Toutes ces choses arrivent tous les jours dans nos hôpitaux. Mais personne ne veut les voir.

Au-delà de l’hôpital, que pensez-vous du regard que porte la société sur le vieillissement ?

Aujourd’hui, il existe un engagement magnifique des familles qui se dévouent auprès de ces personnes très âgées. Mais, collectivement, il est clair que nous refusons cette image du vieillissement associée à la maladie, au handicap. Seule l’image du « beau vieillissement » est valorisée dans notre société.

Le beau vieillard est celui qui conserve l’ensemble des aptitudes sociales, physiques, intellectuelles de l’adulte jeune. Le beau vieillard, c’est celui qui est capable de faire du tourisme à l’autre bout du monde. Celui qui intéresse les publicitaires et les responsables du marketing en raison de son supposé niveau de vie très confortable. C’est d’ailleurs assez incroyable.

Progressivement s’est développée l’idée dans notre société que ce sont les «vieux» qui sont les plus riches, qui ont du patrimoine. C’est vrai pour une partie d’entre eux. Mais ce n’est pas le cas de 50 % des veuves de notre pays, qui sont au minimum vieillesse et, souvent, vivent au bord du seuil de pauvreté.

De manière insidieuse, on en est même arrivé à créer un sentiment de culpabilisation chez nos concitoyens très âgés en laissant entendre qu’ils coûtent de plus en cher, pour les retraites, à la Sécurité sociale… Résultat, sans arrêt, je vois en consultation des patients, qui me disent : « Docteur, je coûte trop cher, je suis un fardeau… »

Pierre BIENVAULT

10/10/2006

Recherche: vous avez dit "pôles d'excellence"?

LU DANS LE MONDE Le gouvernement vient de rendre publique la liste des réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA), créés dans le cadre de la loi sur la recherche votée au printemps 2006. Ces réseaux, fédérant localement plusieurs établissements de recherche ou d'enseignement supérieur, publics ou privés, français ou européens, en association parfois avec des entreprises ou des collectivités territoriales, permettront de "mettre en évidence et mieux organiser les pôles majeurs de la recherche dans notre pays", espère François Goulard, ministre délégué à la recherche. L'objectif est notamment "d'accroître leur visibilité internationale".

 

Treize projets ont été retenus, sur les 37 examinés par un comité d'évaluation présidé par Jean Dercourt, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.

Une fois de plus, la région parisienne se taille la part du lion, la sélection consacrant l'inégale distribution de la matière grise et de l'effort public sur le territoire national. L'Ile-de-France est élue six fois, en mathématiques, informatique, biologie, neurosciences et économie à Paris, ainsi qu'en physique à Saclay (Essonne).

Deux autres pôles régionaux se détachent : Rhône-Alpes avec l'infectiologie à Lyon et les nanosciences à Grenoble, et Toulouse, au titre de l'aéronautique et des sciences économiques. Enfin, la candidature de Strasbourg a été retenue en chimie, et celle de Montpellier en agronomie.

Le treizième et dernier réseau est d'une nature particulière, puisqu'il vise à coordonner les activités de quatre Instituts d'études avancées en sciences humaines et sociales, installés à Lyon, Aix-Marseille, Nantes et Paris. Au total, près de 6 000 chercheurs et enseignants-chercheurs de 40 institutions scientifiques et universitaires sont mobilisés.

Créés sous forme de fondations de coopération scientifique - un statut juridique qui leur donne la souplesse de recrutement et de fonctionnement de structures privées sans les priver de fonds publics -, les RTRA se partageront une enveloppe de 200 millions d'euros budgétée par l'Etat.

Les syndicats de chercheurs et le mouvement Sauvons la recherche critiquent la logique de concentration des moyens qui accompagne la mise en place de ces réseaux, leur préférant une logique de maillage du territoire.

Ce sera l'objet des futurs pôles de recherche et d'enseignement supérieur (PRES).

Pierre Le Hir (Le Monde)

29/08/2005

Parkinson: Du nouveau?

Lu dans l'Humanité:Des chercheurs ont réussi à remplacer des neurones défectueux, à l’origine de le maladie de parkinson, par des cellules souches saines.

Détourner de leur destin des neurones fraîchement formés, les obliger à produire la molécule voulue et les amener dans une région choisie du cerveau. Avec pour objectif de corriger une anomalie à l’origine de la maladie de Parkinson. C’est, schématiquement, ce qu’ont réussi les équipes de Magdalena Götz, de l’université de Munich, et de Pierre-Marie Lledo, directeur de recherche au CNRS et chef de l’unité « Perception et mémoire » à l’Institut Pasteur. « Nous avons remplacé des neurones défectueux par des neurones juvéniles », résume le pastorien. Ces travaux, publiés dans la revue Nature Neuroscience, marquent une étape importante dans l’utilisation des cellules souches pour traiter ce type de maladie neuro-dégénérative.

Une perspective intéressante pour les quatre millions de personnes affectées par la maladie de Parkinson. Ceux-ci, dont certains neurones dégénèrent, ne produisent plus assez de dopamine, une molécule dont l’insuffisance provoque les tremblements qui touchent les malades. D’où l’idée des chercheurs de puiser dans le vivier de jeunes cellules pour remplacer les neurones défaillants. Car l’encéphale, contrairement à un a priori général, régénère une partie de ses cellules. Ces neurones fraîchement fabriqués filent ensuite « comme sur un tapis roulant », décrit le biologiste, vers leur zone de fonction. En l’occurrence, vers le système de perception olfactive.

« Cette découverte chez des rongeurs, il y a dix ans, a fait face à de fortes objections dans la communauté scientifique », se souvient le biologiste pastorien. Depuis, c’est acquis, le cerveau produit, lui aussi, des cellules souches capables de se différencier vers une fonction précise de l’encéphale. D’où la manoeuvre, en deux étapes, des scientifiques français et allemands. « Nous avons modifié le programme génétique de ces cellules souches pour les obliger à libérer de la dopamine, puis nous les avons attirées dans le striatum, la région du cerveau où les neurones dégénèrent », explique Pierre-Marie Lledo. Pour les appâter vers leur nouvelle demeure, les scientifiques ont contraint certains neurones du stratium à libérer de la ténascine. Cette molécule a servi d’aimant pour les cellules souches reprogrammées.

Ce succès notable allie de surcroît thérapie génique (en orientant le devenir des cellules souches) et thérapie cellulaire (en conduisant ces cellules vers une région du cerveau déterminée). « C’est l’enjeu du XXIe siècle, s’enthousiasme le chercheur de l’Institut Pasteur. Le cerveau n’est pas programmé pour vivre vieux, or l’espérance de vie augmente. D’où la multiplication des maladies neurodégénératives. »

Ces travaux, menés sur des souris, devraient être testés sur des primates. Pas question, pour le moment, de tenter l’expérience sur l’homme. « Nous sommes encore loin des essais cliniques, précise Pierre-Marie Lledo. Mais nous avançons à pas forcés. »

10/12/2004

Du nouveau grâce au labo de jean-OPhilippe Loeffler

LE POINT SUR
LA SCLÉROSE LATÉRALE AMYOTROPHIQUE

Dépister tôt la maladie pour mieux la freiner

Finis les mois d’errance, ballottés entre généralistes, neurologues et rhumatologues, les patients atteints de sclérose latérale amyotrophique pourraient bénéficier bientôt d’un test de diagnostic précoce.


[article de présentation : 2402]

Tout commence généralement entre 45 et 65 ans. Quelques crampes nocturnes puis une main, une cuisse ou une épaule se paralyse, à moins que des difficultés à parler ou avaler n’apparaissent en premier. Petit à petit, chaque muscle va s’atrophier et aucun traitement n’est aujourd’hui capable d’en changer l’issue. La mort survient par arrêt respiratoire au bout de quelques mois ou de quelques années. La sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot, tient encore les chercheurs en échec.
Rare, la maladie touche 3 nouveaux patients par jour en France. La plupart sont des cas isolés, seuls 5% à 10% sont familiaux. Parmi eux, 20% possèdent un même gène muté, celui de la superoxyde dismutase (SOD), une protéine aux propriétés anti-oxydantes. Sa découverte a permis de mettre au point, en mutant le gène de la SOD chez des souris, des modèles animaux recréant les mêmes symptômes que la SLA.
Grâce à eux, la connaissance de la maladie s’est considérablement améliorée. Plusieurs mécanismes semblent en cause et convergent vers les mêmes phénomènes : une mort cellulaire programmée (apoptose) anormale des neurones commandant les muscles, accompagnée d’une inflammation.
Le rôle du stress oxydant, de la présence d’agrégats protéiques dans ces neurones ou de l’accumulation de neurofilaments est étudié. Une piste prometteuse, explorée par l’équipe du Dr Jean-Philippe Loeffler, concerne le métabolisme : les usines cellulaires de production énergétique, les mitochondries, présentent en effet d’importantes anomalies.
La mort neuronale ne serait cependant pas nécessairement le point de départ de la maladie. Elle pourrait être la conséquence de phénomènes ayant lieu dans les cellules en contact avec eux : les cellules musculaires et d’autres cellules du système nerveux, les astrocytes. Tout cela reste à explorer.

En attendant, les applications thérapeutiques tardent. L’apport de ces modèles est en effet limité. Si de nombreux traitements ont été testés avec succès chez la souris, un seul, le riluzole, est capable de ralentir la progression de la maladie chez l’homme. A condition d’agir tôt. Or, le diagnostic est difficile à poser au début. D’où l’intérêt de la découverte, par l’équipe de Strasbourg, de la présence précoce de marqueurs de la maladie dans le muscle. Grâce à eux, et en présence de symptômes évocateurs, les médecins pourront confirmer plus tôt leur diagnostic. Et ce n’est pas tout. Cette découverte prouve l’apparition d’anomalies spécifiques de la SLA au niveau musculaire avant la mort neuronale. Cela renforce l’idée que la SLA n’a pas pour origine une neuro-dégénérescence mais qu’elle est la conséquence d’un processus pathologique plus général, ce qui ouvre de nouvelles pistes de recherche.





Pour en savoir plus : www.asso.ars.fr




[Interview : 1800s] 1873s
INTERVIEW

Dr Jean-Philippe LOEFFLER, directeur du laboratoire de signalisation moléculaire et neurodégénérescence de l’université Louis Pasteur à Strasbourg



Un test de diagnostic précoce


En quoi consiste ce test diagnostic
?
En pratique, il s’agit de mettre en évidence, sur une biopsie du muscle deltoïde, la présence d’une protéine particulière, Nogo-A. Il s’agit de la forme « lourde » de la protéine Nogo, qui existe sous des formes de poids moléculaire différent. Dans un muscle d’un patient en bonne santé ou atteint d’une polyneuropathie, on trouve la forme légère, Nogo-C. Pour une raison encore inconnue, Nogo-A semble, elle, être la signature de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), comme d’autres marqueurs, déjà en cours d’étude.

Quel est son intérêt ?

Il est double. Le test permet de confirmer de façon précoce l’hypothèse d’une SLA, en la différenciant d’une polyneuropathie. Les premiers signes ne permettent pas d’affirmer le diagnostic, il faut souvent attendre d’en voir l’évolution. Or la prise en charge (traitement par riluzole et vitamine E, contrôle du poids, kinésithérapie, prise en compte des handicaps à venir) est d’autant plus efficace qu’elle est initiée tôt. Ce test devrait aussi permettre d’évaluer le stade de progression de la maladie. Le degré d’expression de Nogo-A est en effet corrélé à la gravité des symptômes et à leur vitesse d’évolution.

Quelles sont ses limites ?

Il s’agit encore d’un outil de recherche. Nous l’étudions aujourd’hui avec l’équipe du Dr Vincent Meininger à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière sur des cas pour lesquels le diagnostic est difficile à poser. De plus, nous ne savons pas s’il est prédictif. Pour l’instant, Nogo-A apparaît chez tous les malades et n’a pas été retrouvé chez des patients indemnes de la SLA. Mais quelqu’un ayant Nogo-A développera-t-il nécessairement une SLA ? L’étude des formes familiales le dira. Le test reste donc à valider avant son passage dans la pratique courante mais cela n’est plus de notre seul ressort : des partenaires industriels devront s’y intéresser.





[Recherche : 700s] 733s avec titre
La recherche se poursuit
Par la recherche des mécanismes en cause et donc des cibles thérapeutiques, des progrès se font, pas à pas. L’inhibition de l’expression de la superoxyde dismutase mutée sur des cultures de cellules, comme le recours, chez des souris, à l’arimoclomol, un médicament activant un mécanisme de protection de la cellule face à un stress sont prometteurs. Reste à prouver leur efficacité chez l’homme… Aujourd’hui trois médicaments en sont au stade d’essai clinique. Deux d’entre eux ciblent les mécanismes de la mort cellulaire programmée et interviennent dans le métabolisme énergétique. Le troisième est un facteur « nourrissant » de cellules du système nerveux appelées astrocytes. Résultats attendus en 2005.



[Info légende]
Natasa Jokic et l’équipe du Dr Jean-Philippe Loeffler ont récemment mis en évidence un marqueur moléculaire de la maladie, utilisé comme test diagnostic. Natasa Jokic a reçu pour ce travail une bourse de la FRM de 7.500 euros. Précédemment, le laboratoire avait déjà bénéficié d’un co-financement pour un outil de recherche appelé Phosphor imager de XXXX euros.



Remerciements au Dr Jean-Philippe Loeffler, directeur du laboratoire de signalisation moléculaire et neuro-dégénérescence de l’université Louis Pasteur à Strasbourg et au Dr Vincent Meininger, directeur du service de neurologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.




APPEL AU DON :
Argumentaire : tout reste à découvrir / pronostic fatal / maladie rare mais qui devient de plus en plus fréquente /répercussions sur d’autres maladies