17/12/2006
L'obsession de la maladie d'Alzheimer a de plus en plus tendance à masquer une maladie dépressive.
VIEILLISSEMENT, dépression et désespoir forment-ils une triade obligée ? « En tout cas ils entretiennent d'intimes connivences », analyse le Dr Thierry Gallarda, du Centre d'évaluation des troubles psychiques et du vieillissement (service du Pr Olié à l'hôpital Sainte-Anne de Paris). Pour ce psychiatre, ces maladies sont insuffisamment diagnostiquées et traitées, c'est ce qu'il a souligné à maintes reprises lors du colloque organisé hier à Sainte-Anne sur « Les dépressions dans la deuxième partie de la vie ».
Il est important de savoir interpréter, pour mieux les prendre en charge, l'apparition de certains troubles du comportement inhabituels chez un proche comme de l'irritabilité, de la colère, un égocentrisme inhabituel, des récriminations ou alors des plaintes douloureuses somatiques. Il existe d'autres symptômes évocateurs, comme une addiction tardive à l'alcool chez la femme. Ou encore une inquiétude excessive vis-à-vis de banals troubles de la mémoire qui sont en fait strictement de l'ordre de la dépression car, au vu de leur évolution sur des années ils ne se transformeront ni en démence ni en maladie d'Alzheimer. Les spécialistes parlent même à ce propos d'« hypochondrie mnésique », une sorte de phobie de la maladie d'Alzheimer aggravée par la médiatisation à outrance de ses troubles. « Il est symptomatique que les troubles de la mémoire sont mis en avant par certains patients avec tout ce que cette plainte peut représenter », analyse le psychologue Benoit Verdon.
La question d'un «mouvement psychique naturel»
« Mais la nature même du vieillissement n'impose-t-elle pas de se déprimer ?», s'interroge un brin provocateur le Pr Jérôme Pellerin, chef de service de psychiatrie de la personne âgée à l'hôpital Charles-Foix d'Ivry. « N'est ce pas un mouvement psychique naturel au cours duquel la plupart des individus - bien qu'il existe toujours des exceptions - n'ont plus les ressources suffisantes pour affronter les multiples contraintes liées à des problèmes physiques, à l'isolement, la perte du conjoint, les difficultés financières... de leur existence ? Ne pourrait-on pas aussi considérer la dépression comme une période nécessaire où l'individu, après une période de vie très active, voire survoltée, hypercompétitive prend le temps de se retrouver lui-même », analyse ce psychiatre. « N'est ce pas une phase nécessaire durant laquelle le fait d'aller mal n'est qu'une étape passagère pour vivre mieux ensuite ? » Question fondamentale à méditer.
Pendant longtemps on a prétendu que les antidépresseurs n'avaient aucune efficacité pour ces malades. Aussi ce spécialiste a-t-il adopté des stratégies de traitement beaucoup plus agressives associant un inhibiteur de la recapture de la sérotonine à un autre, agissant aussi sur la noradrénaline ainsi qu'à du lithium. Et surtout il a mis en place des structures de réhabilitation psycho-sociale, avec des cours de gestion de certaines situations stressantes (prise de décision par exemple) avec des résultats très positifs sur l'apathie, la sensation de mal-être d'isolement. « Ce n'est pas une approche classique de type psychothérapie, c'est plutôt une réhabilitation du handicap », résume le Dr Gallarda.
10:14 Publié dans Dans la presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : séniors, dépession, santé

